[Récit de concert] 10/12/2014 : Year Of No Light + Mars Red Sky @ Confort Moderne

Quelques jours seulement après le passage de Regarde Les Hommes Tomber et Zapruder, le metal était de nouveau à l’honneur au Confort Moderne. Proposant pour le coup une affiche 100% bordelaise, la SMAC accueillait ce soir-là l’étape locale du Rune & Totem Tour réunissant les girondins de Mars Red Sky et Year Of No Light qu’on avait déjà pu voir côte à côte il y a quelques années sur un split et un titre commun ayant donné son nom à la tournée en question. Si du côté de MRS, les passages par Poitiers sont assez réguliers (ce devait être la troisième fois en quatre ans), les concerts de YONL sont plus rares et — vu la réputation du groupe — deviennent rapidement de vrais événements. C’est la probable raison d’une bonne affluence (200 personnes environ) pour un soir de semaine.

affiche yonl mrs

  • Mars Red Sky : Avec un line-up pareil, on pouvait presque douter de l’identité de la tête d’affiche. Mais c’est vrai que Year Of No Light peut certainement compter sur une renommée un peu plus grande, un peu plus ancienne, et un peu plus internationale. Ce sont donc les stoners girondins qui ont joué la première partie de luxe et — c’est l’avantage des tournées entre potes, et non entre « tête d’affiche + guests » — ont pu nous gratifier d’une bonne durée de set : plus d’une heure et quart ! De quoi largement profiter des rayons de lumière qui émanent des titres de Stranded In Arcadia, dernier et excellent album du groupe. Ce sont pourtant « Falls » et « Be My Guide », plus sombres, qui ouvrent le set avec leurs accents sabbathiens et donnent le ton : les volutes de voix nous parviennent des tréfonds d’une réverb’ lointaine et aérienne, le fuzz est au rendez-vous et la caisse claire feutrée imprime un groove nonchalant au rock psyché du groupe. Un psychédélisme que pourrait renforcer les images projetées en fond, des clips déjà sortis (pour « Join The Race » ou « Arcadia ») ou des vidéos spatiales et volcaniques. Mais le côté visuel du concert n’est finalement pas vraiment mis en avant, et on s’en détache facilement au profit de ce qui se joue sur scène. On n’y perd cependant pas au change tant l’exécution des titres du dernier album, comme « Hovering Satellite », « Cycles » ou « The Light Beyond » qui cloture (presque) le set après un détour inévitable par « Strong Reflection » (avec une baisse d’intensité centrale qui vous fera prendre quelques centaines de mètres d’altitude) et un « Marble Sky »chanté par le bassiste, parvient à restituer — à quelques détails près qui peuvent faire tiquer : quelques petits retards sur les lignes vocales, quelques patterns de batterie modifiés — l’atmosphère planante et lumineuse s’en dégageant à l’écoute du disque. Et pour clôturer (vraiment) tout en faisant la transition avec le set suivant, on ne pouvait que l’espérer, c’est finalement « Green Rune White Totem » qui est joué par le trio en la compagnie du bassiste et du batteur de Year Of No Light aux synthés ainsi qu’avec un des trois guitaristes, pour assombrir un peu l’ambiance, même si la rythmique finale bien relevée aura eu pour effet de sortir le public du climat cotonneux dans lequel l’avait confiné le reste du set. En tout cas juste assez pour prendre conscience du moment assez unique auquel on venait d’assister, avec ce sextet hybride plutôt inédit sur scène.
MRS

Mars Red Sky (Source et crédits photo : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Year Of No Light : La scène parait bien peuplée, surtout en comparaison avec la formation précédente, lorsque l’ensemble des musiciens de YONL apparait dans la lumière qui est paradoxalement bien présente. Les instruments occupent aussi une bonne place puisqu’outre les trois guitares, la basse et la batterie de base, deux synthés et des éléments de batterie viennent compléter l’arsenal initial. A l’inverse de cette abondance humaine et instrumentale, le set est pour sa part resserré : cinq morceaux et pas un de plus. Soit cinq pièces volumineuses qui se construisent lentement au gré de tempos extrêmement lents et de riffs où la stridence obscure du black metal rencontre la légèreté post-rock d’accords et de nappes de synthés aériens. Décidément, et bien que les approches ne soient pas forcément les mêmes, le Confort nous a dernièrement habitués à du metal bien doomesque, qui joue sur l’abrasion. Entre Amenra, Regarde Les Hommes Tomber et Year Of No Light, la SMAC s’est désormais constituée un joli tableau de chasse en matière de ce que le post-rock compte de plus lourd et sombre, à moins que ce ne soit en matière de ce que le blackened doom compte de plus atmosphérique. Les bordelais ne dérogent pas à la règle et synthétisent à travers « Tocsin », « Hiérophante », « Géhenne », « Abbesse » et « Stella Rectrix » ce que leur musique compte de plus éléphantesque tout en faisant la part belle aux cavalcades à deux batteries qui sont plus perceptibles en live, et de plus aérien même s’il est vrai que les trois guitares prennent vite le pas sur un synthé qui parait bien seul à l’avant-scène. C’est donc finalement l’aspect rythmique qui prime en concert, et qui est accentué par des musiciens paraissant habités par les assauts répétitifs d’une percussion martiale et pesante. Evidemment, comme souvent dans le style, la communication avec le public est égale à zéro et s’inscrit dans la froideur du climat ambiant. Il faudra finalement attendre le dernier morceau pour entendre quelques mots d’un des guitaristes, vite recouvert par un beuglement difficilement compréhensible venant des premiers rangs, histoire de briser les clichés sur le métalleux bourrin et insensible à la subtilité s’offrant à lui .
YONL

Year Of No Light (Source et crédits photo : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

 

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