[Récit de concert] 28/11/2014 : Regarde Les Hommes Tomber + Zapruder @ Confort Moderne

Haaa Poitiers… Cette charmante bourgade où tu te fais chier à cent sous de l’heure pendant deux semaines et où tu te retrouves un soir à devoir te déchirer le bide pour savoir si tu vas aller voir Seal Of Quality au Relax, Clara Clara au Free Market (finalement remplacés par les non-moins talentueux Deux Boules Vanille), ou opter pour la soirée metal du Confort. Le choix du coeur demeurant impossible, les rédacteurs du Barbelé ont finalement raisonné en des termes financiers : étant abondamment arrosés par les magnats de l’industrie musicale, et de ce fait pleins aux as, ceux-ci se sont finalement décidés à débourser les 13 euros demandés à l’entrée de la SMAC pictavienne, plutôt que d’aller profiter gratuitement des douceurs noise qui étaient servies en centre-ville.

[Plus sérieusement, si les « acteurs de la culture »– on sait jamais, peut-être liront-ils ceci — concernés par les chevauchements pouvaient à l’avenir se concerter pour éviter ce genre de désagrément, ce serait plutôt chouette — pour le public comme pour les orgas qui doivent vraisemblablement y perdre quelques spectateurs. Parce que devoir choisir entre toutes ces belles affiches, ça fait quand même chier la bite. D’avance merci pour le prochain dernier week-end de novembre.]

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  • Zapruder : Après un tour de France d’une dizaine de dates en octobre dernier pour défendre Fall In Line (chronique par ici), il était temps de marquer le coup à la maison et de fêter dignement cette sortie. Depuis le concert à Diff’Art, les six poitevins ont donc eu le temps de bien s’approprier leur set, et ça se ressent clairement. Ce sont pourtant deux titres de Straight From The Horse’s Mouth, leur précédent effort,  qui s’enchainent alors que j’entre dans la salle. Arrivé à la bourre et empêtré dans une file d’attente interminable, j’ai manqué un ou deux morceaux — vraisemblablement « We Are Orphans » et « Modern Idiot », fait chier — et ce sont donc « Lost In Vegas » et « We Carry Just Enough To Play » que j’entends en premier. T-shirt de Dillinger sur les épaules du chanteur, les influences sont clairement assumées, et ne concernent pas seulement le style musical développé : alors que le tout dernier effort du groupe a placé la barre un cran au-dessus en terme de chaos, on retrouve cette fureur dans le jeu de scène des musiciens, plus aptes qu’auparavant à se lâcher, et l’ombre de Greg Puciato n’est pas loin lorsqu’on observe le frontman. Sans aller jusqu’à marcher le public comme son homologue américain, ce dernier ne conclura pas beaucoup de morceaux sans avoir slammé au préalable sur le petit paquet de potes venus soutenir les locaux. Et si côté vocal on pourra le trouver un peu court sur certaines lignes gueulées un peu longues, il sera difficile de lui en vouloir tant il se donne et arpente la scène de long en large durant les 3/4 d’heure de set.
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Zapruder (Source et crédits photo : Confort Moderne | Photographe : David A.D.)

Même constat pour le saxophoniste, difficilement tenable, qui passera plus de temps à se contorsionner dans tous les sens qu’à jouer ses quelques parties. Offrant habituellement une assise mélodique aux morceaux où ils apparaissent, « Cyclops » par exemple, ces parties laissent cependant plus de place à l’improvisation lorsqu’elles sont jouées live, et délivrent des thèmes moins identifiables. Globalement, les morceaux joués sont plutôt fidèles à ce qu’on pouvait attendre, même si certains détails — outre les plans de sax’ — passent un peu à la trappe : ce sera le cas des choeurs sur le bridge de « Monkey On My Back » qui paraitront un peu faiblards. Restituer la richesse de Fall In Line était de toute façon un pari difficile tant cet album regorge de subtilités derrière l’apparente violence. On retiendra donc de la version live de Zapruder un rendu brut de l’intensité de leurs morceaux, amplifiée par l’attitude des protagonistes. On pourra à ce titre regretter l’absence de titres comme « Doppelgänger », qui auraient permis au groupe de définitivement lâcher les chevaux (à corps d’homme bien sûr). Mais après « Delusion Junction », ce seront « Moloch », qui permettra au chanteur de filer un coup de main au batteur sur les cymbales, et un enchainement bordélique de « Cyclops » et « Monkey On My Back » qui concluront le set dans la confusion la plus totale, un kazou retentissant du fond d’un fracas innommable, et le bassiste ayant décidé de s’en prendre à une cymbale qui n’en demandait pas tant. Un final peut-être un peu surfait, mais qui témoigne bien de la volonté de Zapruder : faire de ses concerts des moments où le chaos est la règle, sans que l’émotion la plus vivace ne soit jamais bien loin.

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Zapruder (Source et crédits photo : Confort Moderne | Photographe : David A.D.)

  • Regarde Les Hommes Tomber : Avec la tête d’affiche du soir, et bien que le parfum de fin du monde ait là aussi enveloppé la salle du Confort Moderne, l’heure était davantage à la lourdeur orageuse, quand la chaleur magmatique d’un doom flamboyant rencontre la froideur black-metal, et suffisent ensemble à charger l’air en électricité. Parmi l’obscurité et les volutes de brume se dessine alors la silhouette des cinq musiciens, apparaissant à la faveur des éclairs blancs ponctuant les premiers battements du « Prelude ». Comme prévu, c’est bien l’album éponyme qui s’apprête à être joué — quoique légèrement dans le désordre — et le climax est atteint en milieu de set, avec le riff aussi simpliste qu’efficace d' »Ov Flames, Flesh, And Sins », tandis que le sombre groove d' »A Thousand Years Of Servitude » vient asticoter les cervicales du public avant que « The Fall » ne conclue le concert dans la noirceur la plus totale. La surprise ne viendra donc pas de la liste des titres, mais bien du line-up : ce concert poitevin sera en effet le baptême du feu pour le nouveau chanteur du groupe, qui y aura effectué sa première prestation à ce poste en remplacement d’Ulrich Dagoth, définitivement parti il y a peu. Evoluant dans un registre peut-être un peu plus aigu et black que son prédécesseur, celui-ci aura effectué une entrée en matière plus que convaincante — malgré la pression que représente vraisemblablement la tâche d’occuper le devant de scène dans une formation affichant des participations au Hellfest, au Roadburn ou encore au Motocultor — tant sur le plan vocal que dans sa gestuelle accompagnant les envolées grandiloquentes du groupe.
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Regarde Les Hommes Tomber (Source et crédits photo :  Confort Moderne| Photographe : David A.D.)

A la manière des belges d’Amenra, qui avaient en leur temps et en la compagnie d’une bonne partie de la Church Of Ra mené grand messe noire au Confort Moderne, la musique de Regarde Les Hommes Tomber revêt elle aussi ce caractère profond et lancinant qui sied aux processions cathartiques sur fond d’apocalypse. Alors, certes, les cinq nantais ne drainent pas forcément autant de fidèles que les flamands pré-cités (je dirais même moins que les locaux ayant ouvert pour eux), et n’ont peut-être pas poussé leur concept jusqu’à maturation, mais force est de reconnaître que tant dans les éclairs blackisants que dans les grondements doomesques, et malgré une technicité a priori minimale, le quintet fait mouche et parvient à recréer une ambiance constamment tourmentée, tumultueuse. Les deux guitares se répondent ainsi parfaitement pour marier les grincements black dégoulinants et le bourdonnement doom, tandis que les roulements et battements martiaux de la batterie impriment une marche lente et difficile à l’ensemble (quant au bassiste, on se contentera de saluer sa capacité à se fondre dans ce genre de formation quand on joue par ailleurs dans des groupes comme Harm Done ou Raw Justice). Enfin, rappelons-nous que RLHT n’en est qu’à son premier effort : la marge de progression est donc encore vaste. Donc même si selon un sondage réalisé par TNS-Moi-même, cette soirée en aura ravi certains et ennuyé d’autres, gageons que les nantais sauront évoluer dans la direction qu’ils nous ont laissé entrevoir jusque-là, afin de rallier de nouveaux fidèles pour contempler le spectacle apocalyptique qui nous est donné à voir.

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Regarde Les Hommes Tomber (Source et crédits photo : Confort Moderne| Photographe : David A.D.)

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