[Récit de concert] 17/10/2014 : Dwail + Dung @ Zinc

Soirée 100% toulousaine au Zinc ! Le Sud-Ouest débarque en effet dans nos contrées dans le cadre d’une tournée de près de 10 dates réunissant deux formations aux univers relativement éloignés, l’affiche annonçant du rock minimaliste pour Dung et du core’n’roll pour Dwail. Rejetons de la Klonosphère, label pictavien dont la qualité des sorties n’est plus vraiment à démontrer, ces derniers sont sur le point de sortir The Human Concern Part II, succédant à, accrochez-vous bien, The Human Concern Part I et qui sera dans les bacs le 21 novembre. Un mois avant la parution de ce nouvel EP, ce concert pourrait donc bien être l’occasion d’écouter quelques titres inédits en avant-première.

  • Dung : La tâche d’ouvrir la soirée revenait à un duo, ou plutôt, comme nous l’indiquera le vocaliste quatre-cordiste, à une configuration exceptionnelle en « trio basse-batterie-grippe » développant un post-rock pas si minimaliste que ça, qui emprunte autant à la noise des nineties qu’au stoner le plus intemporel. Il sera difficile — étant donné la configuration réduite et les instruments mobilisés, autant qu’à travers les accents typiques de la grande époque de Touch & Go — de ne pas penser à Gâtechien, un groupe bien connu par chez nous, lorsqu’on se trouve devant Dung. Les deux sudistes reprennent en effet la recette des charentais, et l’assument plutôt franchement ai-je l’impression. Shellac et The Jesus Lizard sont donc largement revisités ici : la rondeur de la basse entre son clair et distordu vient appuyer des mélodies mettant à contribution chaque corde de l’instrument, quand les signatures rythmiques abruptes et changeantes de la batterie emmènent les morceaux sur des terrains mouvants. Qu’on ne s’y trompe pas, le combo ne se contente pas de reproduire à la lettre la formule Gâtechien. On se trouve d’abord un poil en-dessous sur le plan technique, le bassiste ayant pas mal recours à des accords, là où Laurent Paradot et sa capacité à jouer simultanément les parties rythmiques et mélodiques à grands renforts de tapings et d’arpèges sautillants m’a toujours bluffé. Une façon de jouer qui donne aussi une coloration particulière à leur noise, en y incluant un côté heavy se rapprochant du stoner. Et quitte à rester dans l’ambiance Klonosphère, on rapprochera cette facette de Dung du rock sablonneux de 7 Weeks, même si côté vocal, on décèlerait presque le timbre à la fois clair et nerveux de Yann Ligner from Klone. Et autant dire que vu la grippe que se tapait le chanteur, celui-ci s’en est parfaitement sorti — ses parties vocales entre les morceaux étant en revanche un peu moins réussies et un poil trop digressives. Mais ces petites interludes auront au moins permis au duo d’obtenir en fin de set l’approbation de la dizaine de personnes présentes concernant leur tout dernier morceau, fraîchement sorti des salles de répèt’, et qui confirme l’hybridation noise/stoner faisant leur marque de fabrique. A suivre donc…
Dung

Dung (Crédits photo : CC0 par Poirez)

  • Dwail : Changement d’intensité avec cette autre formation nous venant également tout droit de la ville rose. Un peu plus renommés que le duo précédent, les quatre toulousains pouvaient également compter sur le support de leurs collègues de label pictaviens, plusieurs membres de Klone étant présents au Zinc. Mais même malgré ce carré VIP ayant quelque peu fait gonfler l’assistance, on ne pourra que déplorer le faible nombre d’entrées, confirmant le sentiment que Dwail est clairement sous-estimé dans son genre. Le fossé entre les 450 personnes présentes pour Trepalium ou Hypno5e il y a quelques semaines et la vingtaine de mélomanes descendue sous les voutes du bar est à ce titre plutôt incompréhensible, tant les sudistes n’ont pas à rougir face à de tels noms. Les quelques membres du public, heureusement, ne s’y seront en revanche pas trompés, et auront fait honneur au quartet en se montrant largement réceptifs à leurs successions de riffs et de rythmiques, et en foutant le bordel dans le pit. Car s’il est bien un groupe qui s’amuse sournoisement à faire de ses titres de vraies parties de rodéo, c’est bien celui-ci. J’ai souvent confondu les sudistes avec une autre formation membre de la Klonosphère, W.I.L.D.. Et bien que les deux ne soient pas vraiment comparables sur un plan stylistique, Dwail développe de fait un metal sauvage, véloce, dont la seule constante est l’intensité. Si les incessants changements de riffs, de tempos, de signatures rythmiques pourraient les rattacher au mathcore, leur musique se fait moins dense, moins dissonante pour adopter un côté vraiment accrocheur, qui doit beaucoup à un jeu de guitare à base de legatos furieusement rock’n’roll. Au-delà de ça, on se trouve face à un savant mélange de death progressif et de hardcore, où de grosses moshparts alambiquées se fondent au coeur de passages rapides plus binaires.
dwail

Dwail (Crédits photo : CC0 par Poirez)

Un cocktail audacieux, qui ne fonctionnerait pas s’il ne faisait pas l’objet d’une mise en place technique complexe au millimètre, qu’on retrouve de façon fidèle en concert. Malgré un kick un peu en retrait (et un décor un peu capricieux ayant tendance à se casser la gueule sur son dos), on aura ainsi pleinement pu profiter des nuances et de la puissance du jeu de la batteuse, qui insuffle la cadence au reste des musiciens en enrichissant le tout d’innombrables subtilités, sans tomber dans la démonstration pompeuse. C’est indéniablement l’instrumentiste qui m’aura foutu la plus grosse claque de la soirée. La prestation du chanteur n’est également pas à éluder, puisqu’outre avoir tenu ses parties claires et hurlées de façon conforme à ce qu’il livre sur galette, celui-ci se sera clairement donné pour faire le spectacle, affichera une banane de bout en bout et finira en sueur au terme d’un set de plus d’une heure, piochant dans tous les opus du groupe, y compris celui à venir. Ce sont ainsi les premières notes d' »Influx », récemment dévoilé et qui figurera sur la seconde partie de The Human Concern, qui ont poussé les gens à finir leur clope et à redescendre dans la cave. D’autres morceaux de ce futur EP seront alors disséminés dans la setlist et porteront la marque d’une lourdeur accentuée, de certains passages bien rock’n’roll que renforce l’usage d’un pédale wah-wah, et de moshparts toujours plus dansantes, dont une en ternaire à ne pas piquer des canetons. Du côté des titres connus, on aura eu droit aux tempos HxC et à la démo de groove d' »A Ray Of Light », au passage meshuggesque sur lit de pattern  de grosse caisse jouissif issu de « District One », et aux moshparts vicieuses de « Ld 50 ». Voilà pour la part 1 de The Human Concern. On retiendra en dehors de cela des titres plus anciens comme le tortueux « Sleepless Dream » ou encore la reprise de « Helter Skelter » qui aura fait mentir mon sentiment selon lequel il n’y avait rien de bon à tirer de cette curée que sont les Beatles. Au terme d’une fin de set soignée, comprenant deux rappels et des fins de morceaux soigneusement élaborées pour recueillir des salves d’applaudissements successives, il était (déjà) temps de remonter à la surface, en se délectant d’avoir fait partie de la vingtaine de privilégiés venant de vivre un des meilleurs sets au Zinc depuis — et certainement pour — longtemps.

dwail 2

Dwail (Crédits photo : CC0 par Poirez)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :