[Chronique de disque] Zapruder – Fall In Line

Fall In Line cover artSorti le 20 octobre 2014 chez Apathia Records et Hipsterminator Records

Après Straight From The Horse’s Mouth, un premier EP autoproduit très bien accueilli qui plaçait Zapruder au coeur du game, le combo poitevin est de retour avec un long format ambitieux. Première bonne surprise, c’est Apathia qui co-édite cet opus ! Les cinq post-coreux rejoignent donc un label où l’on retrouve des formations complètement pétées comme les geeks de Pryapisme, ou encore les scatos de Hardcore Anal Hydrogen, auteurs à mon sens d’un des meilleurs disques de 2014. Leur concert en ouverture de Gorod et Hacride à Diff’Art avait donné le ton, le Zapruder nouveau semblait avoir bien mûri et gagné en vigueur : voyons donc si le contenu de cet album se montre à la hauteur de son artwork très soigné, voyons ce que ce Fall In Line a dans le bide.

Hé bien il a déjà des abdos en béton ce disque, comme prévu. Et si Straight From The Horse’s Mouth comptait son lot de titres bien rentre-dedans, Zapruder, à travers Fall In Line, franchit un cap net dans son expression de la violence, qui ne se contente plus de s’instiller vicieusement au détour de riffs puissants soutenus par des rythmiques suintant le groove et appuyés par des hurlements déjà bien déterminés. Non, cette fois-ci, les cinq poitevins (six, avec un saxophoniste de plus en plus présent?) ont carrément ouvert les vannes, et c’est un torrent tourbillonnaire dont la folie destructrice n’épargnera aucun obstacle sur sa route sur lequel vous vous apprêtez à embarquer en appuyant sur « Play ».

La densité restera le maître-mot de cet opus, qui vous bringuebalera parmi des milliers de mètres cubes de matière brute que le combo se plait à contorsionner, occasionnant des remous desquels votre frêle esquif aura du mal à se dépêtrer. Bien sûr, on retrouve çà et là certains aspects déjà croisés au travers de leur premier EP : les quelques taping dissonants (« We Are Orphans ») et le côté Death’n’roll (« Modern Idiot », « Doppelgänger ») de « Lost In Vegas » sont encore palpables, quand les passages atmosphériques et orageux typiques de « Falling Like Dead Snakes » sont à l’honneur dans « Cyclops » ou « Moloch ». Mais si le premier morceau de Fall In Line assure une bonne transition avec son prédécesseur, on sent tout de suite que quelque chose a changé. Que la fluidité et la simplicité catchy des compositions faisant de Straight From The Horse’s Mouth un cours d’eau bien rectiligne malgré son agitation se sont muées en une complexité née d’un esprit malsain, qui évoquera davantage les méandres dangereux de rapides escarpés sortis de leur lit. Il sera donc difficile ici de donner une vue d’ensemble de cet album tant le sillon qu’il trace est sinueux, mouvant, instable. Zapruder n’aura ainsi aucun scrupule à vous maintenir la tête sous l’eau jusqu’à suffoquer, avant de subitement vous en sortir histoire de vous faire tutoyer des cieux plus cléments et aérés.

Ces contrastes incessants se retrouveront aussi bien au coeur des morceaux eux-mêmes que dans l’agencement des titres, et ne cesseront de créer la surprise chez l’auditeur. C’est ainsi qu’un passage apaisant intégrant une partie de saxo fort à propos succèdera aux assauts initiaux sur fond de blast de « Cyclops » avant de se changer en un outro doomesque ; que la moshpart ultra-groovy de « Modern Idiot » débouchera sur un plan funk inattendu, slap à l’appui, qui finira peu à peu grignoté par des incursions brutales permettant de conclure le morceau dans un final grandiloquent ; ou encore que bien calé entre « Monkey On My Back » — pièce hardcore démantibulée, dissonante, flirtant avec des rythmiques indus’ — et « Je Ferai De Ma Peau Une Terre Où Creuser » — morceau le plus progressif et post-rock de l’album, nous ramenant aux constructions plus simples de Straight From The Horse’s Mouth et achevant Fall In Line dans une fièvre planante évoquant « Mt Fuji In Red » — se niche « Loquèle », plage calme et apaisée permettant à Quentin, un des guitaristes du groupe, de faire évoluer son timbre clair sur des arpèges dark-folk acoustiques proches de Throw Me Off The Bridge.

Le pédalo Zapruder change donc nettement de braquet avec ce premier album, et se permet de naviguer dans des eaux bien plus troubles qu’auparavant. Bien plus aguerris techniquement depuis deux ans, les cinq musiciens nous livrent ici un mathcore chaotique où les envolées post-rock se font plus discrètes, et qui se rapproche de certains groupes estampillés Throatruiner, cultivant ce goût pour le hardcore furieusement tordu et malsain. Les structures sont moins linéaires, les plans plus pointus et complexes, le son plus massif et trituré. Et si cette évolution donne un aspect plus abouti à l’ensemble, on n’est parfois pas loin de boire la tasse tant la masse sonore à ingurgiter et digérer est importante. Les interludes que sont « Delusion Junction » et « Loquèle » auraient peut-être gagné à arriver plus tôt pour aérer l’ensemble. Mais qu’importe, ce tracklisting un peu bancal ne nous fera pas oublier que Fall In Line reste le fruit d’une créativité folle, le témoin d’une personnalité aussi affirmée que schizophrène, empreinte de rage dissonante, de folie tortueuse, de calme atmosphérique et de transe tourmentée. Une marque de fabrique qui pourrait bien faire la différence dans une scène hardcore moderne hexagonale où il semble difficile d’être visible.

Fall In Line c’est si tu n’as rien contre le mathcore de Dillinger Escape Plan, le death’n’roll de Dwail, le hardcore à fleur de peau d’As We Draw.

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