[Chronique de disque] Trepalium – Voodoo Moonshine

Sorti le 6 octobre 2014 sur Klonosphère

Les poitevins n’ont pas chômé durant les deux ans séparant la sortie de ce nouvel EP et celle de H.N.P., leur dernier album en date. Après une tournée française estampillée Klonosphère en compagnie de Klone et Hacride, ainsi qu’une escapade européenne en ouverture de Gojira dans la foulée, Trepalium continue son chemin avec ce petit format qui, et ça semble définitivement être la mode en ce moment, nous transporte au coeur des bayous de la Nouvelle-Orléans. Ayant débuté une tourné pour défendre ce nouvel opus qui a débuté le 1er octobre, vous saurez, si vous êtes familier avec ce webzine (sinon vous pouvez vous rattraper par ici), que les titres qui en sont issus sont taillés pour la scène. Il y avait donc peu de chances qu’ils ne le soient pas pour vos enceintes.

La Louisiane est, comme je le laissais entendre, au centre de beaucoup d’attentions : la scène sludge de NOLA bénéficie d’un bon coup de projecteur dans la presse mainstreamo-underground, beaucoup de formations actuelles perpétuent ce style à la croisée du heavy et du hardcore, quand d’autres vont chercher plus loin pour raviver la flamme d’un blues gras et poisseux. Mais les mecs de Trepalium se foutent bien de l’air du temps. Ils font ce qu’ils veulent et vous emmerdent. Il faut dire que la jonction entre ces styles et le death groovy ayant fait leur réputation depuis la sortie d’Alchemik Clockwork Of Disorder paraissait difficile. Et même si aucune transgression ne semble impossible pour eux, c’est bien l’aspect le plus jazzy de leur metal qu’ils ont ici souhaité pousser à son paroxysme. A cet effet, les cinq musiciens sont allés s’encanailler du côté des quartiers les plus mal famés de la Nouvelle-Orléans d’entre-deux-guerres, où la ferveur swing se nourrit d’alcools prohibés distillés au clair de lune sur fond de rites vaudous. Cet univers sera parfaitement cultivé de bout en bout, de l’artwork orné d’une Méduse percée de clous aux textes des six morceaux, en passant par leur orchestration incluant des parties instrumentales qui hybrident metal et jazz-swing bien cuivré.

Voodoo Moonshine s’ouvre donc au beau milieu d’un tripot agité, sur fond de verre brisé et de piano boogie, avant que les première mesures de « Moonshine Limbo » ne viennent d’emblée nous donner le ton de l’EP, entre rythmiques swing et parties de cuivres explosives. Savamment équilibrée, la tracklist nous maintient sans cesse dans cette ambiance rétro, les petits passages de piano disséminés ça et là entretenant cette atmosphère sudiste très twenty’s, et alterne les titres purement swing (« Moonshine Limbo », « Possessed By The Nightlife »), avec ceux évoluant sur des tempos plus groovy auxquels Trepal’ nous avait habitués (« Damballa’s Voodoo Doll », « Guédé Juice »). La constante ici reste l’emploi surprenant mais néanmoins très réussi d’une section cuivres débauchée de l’Orchestre national de jazz. « Le saxo dans le rock, c’est pourtant pas si rare que ça » allez-vous me dire. Je vous répondrai donc que d’une, le saxophone est un bois, et de deux, on a ici affaire a une vraie section, avec des trompettes et des trombones. Dans la plus pure tradition des grands orchestres jazz américains style Glenn Miller, les cuivres appuient parfaitement les parties de guitare et lui donnent du coffre, de la rondeur, qui renforcent la grandiloquence de certains passages (il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’intro de « Damballa’s Voodoo Doll »). Un peu à part, « Fire On Skin », malgré un refrain cuivré et chaloupé, se fait plus inquiétant avec son intro mystiquement vaudou et son plan principal gojiresque tout en tension, quand « Blowjob On The Rocks », qui se rattache au reste de l’EP par ses quelques volutes de trompettes et son pont de piano introduisant un solo digne de Step In Fluid, s’en démarque néanmoins d’un crissement de vinyle et développe des atmosphères plus metal, concluant Voodoo Moonshine sur un plan abrasif et tourmenté.

Trepalium marque là une étape importante dans leur cheminement, en expérimentant une orchestration inédite qui aurait facilement pu se révéler casse-gueule si elle n’avait pas été réalisée avec tant de brio et de cohérence. Plus qu’un simple EP, Voodoo Moonshine est un manifeste de jazz-metal au sens strict, un message au monde prévenant que ce combo est à peu près capable de faire ce qu’il veut, et que leur marge de manoeuvre est encore énorme étant donné qu’ils sont les seuls représentants d’un genre qu’ils ont eux-mêmes inventé (en tout cas avec cette approche). Certains diront que cet opus permettra au groupe de « s’exporter » et d’accéder à une notoriété mondiale — le fait que Joe Duplantier, âme de la seule formation metal hexagonale ayant réellement traversé les frontières, apparaisse en featuring sur un des titres renforce peut-être cette supposition. Mais avant de penser international, Trepal’ réussit là un tour de force à mon sens bien plus difficile, qui est celui de toucher un public extérieur au metal et de réussir à lui faire aimer une musique qui lui est étrangère. Là où le défi prend une saveur toute particulière, c’est lorsqu’on se dit que pour y parvenir, le quintet n’a pas perverti son concept par l’inclusion de Rock FM dégueulasse, ou en lissant les parties les plus agressives de sa musique. Les cinq poitevins ont simplement poussé leur logique jusqu’au bout, enrichissant l’existant de rythmiques plus entrainantes mais tout autant percutantes, d’une instrumentation originale rendant hommage aux grandes heures du jazz-swing et d’un univers parfaitement raccord, aussi mystique que sulfureux, aussi alcoolisé que débauché. Avec ce nouvel EP, Trepalium réunit tous les ingrédients nécessaires à un envoûtement dont il sera difficile de se défaire.

Voodoo Moonshine c’est si tu n’as rien contre : Trepalium, Trepalium avec des cuivres, Trepalium qui swingue.

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