[Récit de concert] 01/10/2014 : Trepalium + Hypno5e + Loud Discharge @ MDE

Qui l’eut cru? La salle de spectacle de la MDE est en réalité capable d’accueillir des concerts ! Et plus de 20 personnes peuvent s’y trouver simultanément ! Cet événement plus qu’inhabituel s’est déroulé en ce début de mois d’octobre 2014 et pourrait même se reproduire de façon régulière, puisque l’établissement envisage d’organiser un concert par mois. Et si l’équipe des Barbelés fera volontiers l’impasse sur la coprod’ qui aboutira sur la Nuit du Dub #15, elle ne manquera en revanche pas le retour de Schlaasss en terre poitevine, un an après avoir outragé le Plan B. Question outrage, la présente soirée metal ne fut pas en reste, puisqu’environ 500 amateurs du genre s’étaient donnés rendez-vous et n’étaient manifestement pas là pour sucer des glaçons.

affiche trepalium

  • Loud Discharge : Les première escarmouches surviendront d’ailleurs durant le set du premier groupe de la soirée. Étonnamment pleine pour un concert de tout début de soirée, la grande salle de la MDE devra subir les premiers assauts d’un public vraiment très jeune et répondant du tac-au-tac aux charges brutales de cette première partie pictavienne, parmi laquelle on retrouve notamment deux membres de The Phantom Carriage (vous savez, ceux qui ont splitté il y a quelques semaines). Il sera d’ailleurs difficile d’évoquer autre chose que cette brutalité, tant la qualité du son n’aura guère permis de mettre en valeur les subtilités de leur death/thrash. Noyées sous des tonnes de basse, seules la grosse caisse et les cymbales parviendront à s’extirper du fracas ambiant pour marquer le rythme. Ce qui sera visiblement amplement suffisant pour guider les concours de headbanging et les circle pits qui se déroulent dans les premiers rangs. J’aurais vraiment voulu en dire plus, tant les mecs sur scène ont l’air contents d’être là. Il ne faudra d’ailleurs pas compter sur le t-shirt des Misfits arboré par le chanteur pour nous en dire plus sur les influences qui peuvent être perçues à travers le metal de Loud Discharge. Car bien que la bouillie informe sortant des enceintes ne soit guère explicite, on se trouve de toutes façons bien loin de l’horror-punk de la bande à Glenn Danzig. Entre chant growlé typiquement death, riffing thrash, rythmiques ultra-speed et sing along bien fédérateur, le quintet développe une musique qui ne révolutionnera pas le genre, et se fait certainement moins exploratoire que les deux groupes qui suivront. Mais elle a le mérite de suinter la violence gratuite, brute. Et c’est finalement tout ce qu’on lui demande.
Loud Discharge (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Loud Discharge (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Hypno5e : Avec ces montpelliérains, le constat est différent. Car si la violence est également présente dans leur set, celle-ci ne nous est pas froidement balancée à la gueule, ce serait trop facile. Comme le nom du groupe l’indique, l’emprise mentale est forte, et il faudra parcourir un long chemin émotionnel avant la délivrance cathartique finale. Et ce pour chaque nouveau morceau, comme un perpétuel recommencement. Souvent construits selon le même schéma progressif, les titres du quintet se présentent comme de lentes ascensions soigneusement échafaudées pour monter en puissance sans précipitation. Débutant généralement dans le calme, par des parties vocales et instrumentales en clair révélant le côté le plus prog’ du quartet, les tableaux développés glissent inéluctablement dans une tension distordue et sinueuse, qui ne manquera pas d’évoquer les plans tortueux de Meshuggah, que renforce — et c’est assez inattendu compte-tenu du genre très orienté metal ici développé — un chant screamo bien aigu. Bon compromis entre le côté atmosphérique du dernier Klone et celui plus brutal des premiers Hacride (live report par ici) — deux de leurs compères de la Klonosphère — Hypno5e, à l’image de leur dernier album Acid Mist Tomorrow, livre un set bien pensé, qui trace un fil rouge duquel il est difficile de décrocher, sans pause, des samples de textes en français parlés se chargeant de faire le lien entre chaque titre ou partie de morceau. La contrepartie d’un tel fonctionnement, c’est une absence quasi-totale de communication avec le public, ce qui peut éventuellement paraître un peu froid. Mais c’est le prix à payer pour assister à un spectacle à part entière, où chaque élément est pensé pour maintenir l’attention du spectateur dans l’ambiance soigneusement installée par les différentes couches vocales et instrumentales composant les morceaux du combo, mais aussi par des lumières qui s’articulent parfaitement avec l’intensité du moment (les tapis de double pédale sont à ce titre parfaitement appuyés à coups de stroboscope). Pas de fausses promesses avec ces quatre héraultais, qui parviennent effectivement à produire un metal hypnotique, qui ne perd rien passé l’épreuve du live (alors que le son n’était toujours pas optimal). Leur musique conserve cet aspect envoûtant, et ce malgré les ascensions/dégringolades sensorielles incessantes marquée par d’innombrables touches de folk, de post-rock, de djent ou de death, qui pourraient provoquer l’indigestion si elles n’étaient pas aussi bien amenées, et que les trois parties de « Gehenne » synthétisent à merveille. Indéniablement, Hypno5e vient de placer le niveau créatif de la soirée un cran au-dessus.
Hypno5e (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Hypno5e (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Trepalium : Et côté originalité, on ne risquait pas d’être déçu par la tête d’affiche de la soirée, qui a déjà largement fait ses preuves avec plusieurs albums de grande classe, où le death metal fornique joyeusement avec le jazz, et engendre ce magma incroyablement groovy qui fait de Trepalium un groupe à part dans la scène metal non seulement française, mais aussi mondiale. Ce concert du 1er octobre était cependant particulier, et aurait pu générer un peu d’appréhension : les cinq poitevins y présentaient leur nouvel EP Voodoo Moonshine, annoncé de longue date comme audacieux, et relativement éloigné de ce à quoi ils nous avaient habitués. Mais ce serait oublier que chaque album de Trepal’ est différent du précédent, que c’est toujours Harun à la baguette — donc que quelle que soit l’orientation prise, on sait d’avance qu’il ne se foutra pas de notre gueule, jetez donc une oreille à son side-project 95% Klonosphère made in Poitiers, Step In Fluid — et surtout que « Moonshine Limbo » et « Fire On Skin« , deux morceaux de l’EP dont vous pouvez retrouver une chronique par ici, étaient déjà sortis et ne présageaient que du bon, y compris en live. Si ma mémoire (qui commençait à cette heure-ci à subir quelques assauts houblonneux) est bonne, au moins deux autres inédits issus de cette nouvelle galette auront été joués : « Possessed By The Nightlife » et « Guédé Juice » (j’ai un doute sur « Damballa’s Voodoo Doll »). Et le verdict est implacable : ces nouveaux titres repoussent encore plus loin le groove distillé par le combo, poussent le headbanging à son paroxysme, et injectent quelques pas de danse swing dans un pit où le piétinement balourd est habituellement la norme (rassurez-vous quand même : le pogo bien vénère reste de mise). Pour faire court, Voodoo Moonshine, comme son nom l’indique, puise largement dans les racines néo-orléanaises du jazz-swing à l’ancienne, pour se nourrir de rythmiques nouvelles et incorporer au schéma instrumental traditionnel guitare-basse-batterie des cuivres habilement calés.
Trepalium (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Trepalium (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Et bien que la scénographie à base de costumes rétro, de maquillage pour KK, et de poupées vaudou fasse la part belle à l’univers mystique louisianais développé au travers de ce nouvel EP, les titres qui en sont issus ne sont pas forcément mis en avant et s’intègrent parfaitement au set, au sein duquel ils sont intelligemment disséminés. Il est vrai que le faible volume des samples cuivrés empêchait que les inédits se démarquent trop de l’ensemble. Mais surtout, ces compositions portent malgré leur caractère novateur la marque Trepalium, et s’inscrivent dans cette fureur groovy qui la caractérise. Intercalés entre des classiques comme « Sick Boogie Murder » ou « Prescription Of Crisis », les morceaux de Voodoo Moonshine ont structuré le début de set et s’y sont parfaitement insérés, reprenant les ingrédients habituels de la recette Trepal’, en augmentant la dose de jazz-swing sans perdre la patte death. Après environ 15 ans de carrière, les cinq poitevins se sont payés le luxe d’un set best-of, où se sont enchainés des extraits de chacun des albums : le groove d' »Insane Architect » succédait à celui d' »Addicted To Oblivion », quand le lourd et Panteresque « H.N.P. » déclenchait un wall of death improbable. Autant dire que le public était donc chaud-bouillant (au moins autant que Harun, qui est pourtant si calme dans le civil) et aura répondu comme il se devait aux assauts des locaux, multipliant les slams et entretenant un pit dantesque. Le temps d’un morceau ultra-brutal issu d’Alchemik Clockwork Of Disorder histoire de griller les dernières calories tout en rappelant que Trepalium vient bien du death, d’un final groovy sur « Usual Crap » histoire de briser les dernières nuques, et le set s’achevait au bout de presqu’une heure, nous faisant quitter la MDE en claquant des doigts, du scat et de la trompette dans un coin de la tête.

trepalium 2

Trepalium (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

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