[Récit de concert] 20/09/2014 : Pneu + Kyma + La Grauss Boutique + Daily Mind Distortion + Les Princes Du Rock + Saints And Sinners + MyBodyHorse + Reggae Night + Francky Goes To Pointe-à-Pitre @ La Belle Rouge (Tours 2 Fête)

Tours est une immense cave, un bruyant cloaque, théâtre de partouzes incessantes où l’échangisme est la norme : « Je te file mon batteur et je prends ton bassiste. » De ces parties fines sont nés une chiée de groupes, tous plus inspirés les uns que les autres, faisant de la capitale de la Touraine une espèce de place forte du wack’n’woll hexagonal toutes tendances confondues, qui fout la branlée à approximativement n’importe quel bled de notre charmant pays. Et comme si ça n’était pas déjà suffisant, il faut en plus que tout ce joyeux petit monde, à l’appel d’un tissu associatif lui aussi fort étoffé, se réunisse annuellement dans une ambiance de kermesse qui transpire la bonne humeur pour exposer au grand jour leur suprématie musicale, en échange d’une participation financière dérisoire. Dans un cadre champêtre, entre un moment shopping à la friperie gratos et une montée d’adrénaline lors des tirages les plus attendus de la tombola, retour sur une journée de concerts en forme de foir’expo de l’entertainment made in Tours, avec une programmation taille XXL (alors qu’il leur en restait pas mal sous la pédale : Funken, Verbal Razors, Estreme Bamboule, Sévère Gouine, Friskies…).affiche tdf

  • Francky Goes To Pointe-à-Pitre : Alors que la route de merde séparant Tours de Poitiers aura fait arriver l’équipe des Barbelés à la bourre et rater The Cosmique et Pavement Pirates, il n’aura en revanche pas fallu longtemps pour que les trois zoukeurs de Franky Goes To Pointe-à-Pitre nous expédient sans ménagement sur les plages ensoleillées des Antilles, décors et costumes dignes des blockbusters les plus bankables à l’appui. Réaffirmant un goût prononcé du math-noise frenchie pour la musique des îles (pas vrai les Louise Mitchels?), le trio entre autres issu de Pneu ou Headcases place Jacob Desvarieux sur orbite, fait danser la biguine à Dinosaur Jr. A l’instar de Papaye (plus d’infos par ici) et de Room 204 (plus d’infos par ici et par là aussi), la musique des tourangeaux est fortement chargée en UV et nécessite l’application d’une bonne dose de crème solaire dans les oreilles avant écoute. Les rythmiques chaloupées du zouk sont toutefois nettement plus appuyées chez Francky, et autorisent les extravagances les plus folles, à l’image de cette séance de limbo improvisée juste devant la scène. Plutôt traitre, ce gouteux cocktail de fruits frais d’apparence inoffensif n’en reste pas moins mâtiné d’un trait de rhum Charrette qui relève le tout et se déguste sous forme d’arpèges de guitare bien distordus et bien tendus, alimentant un jeu de questions/réponses qui laissera une corde sur le carreau au bout de quelques morceaux. Sous un soleil rayonnant, on pourra dire que ce premier tour de chauffe n’annonçait que du bon pour le reste de Tours de fête.
Francky Goes To Pointe-à-Pitre (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Francky Goes To Pointe-à-Pitre (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Reggae Night : Changement de registre pour ce deuxième round. C’est déjà ce que pouvait laisser présager le line-up du groupe, réunissant le chanteur de Daily Mind Distortion (ici à la guitare et au chant) et le batteur d’Ed Warner à la basse (plus de trucs sur Ed Warner par ici, au fait). De fait, on est là sur quelque chose de plus binaire que la formation précédente mais, et bien que le nom de ce nouveau trio évoque lui aussi les Caraïbes, n’a pas grand chose à voir avec Bob Marley. Officiant dans un style plus proche du punk des débuts que du hardcore, avec des gros morceaux de rock’n’roll dedans, Reggae Night enchaîne les ritournelles électriques sur trois accords façon X-Ray-Spex, ou les ballades fiévreuses et juvéniles, mais comme si les Undertones avaient fumé trop de clopes, sniffaient du speed et se trouvaient subitement des envies de tout casser. Manifestement moins technique que Francky, le trio basse-batterie-guitare/chant délivre tout de même un son empreint de spontanéité, qui marche au feeling et ne s’embarrasse pas de fioritures superflues. Manquerait plus qu’un peu plus de folie sur scène et ce serait top-moumoute (au moins autant que la veste du guitariste-chanteur) !
Reggae Night (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Reggae Night (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • MyBodyHorse : Retour à l’extérieur de la Belle Rouge, sous les cocotiers gonflables. Pourtant, l’ambiance est ici nettement moins ensoleillée : quelques nuages commencent réellement à pointer leur nez et surtout, bien qu’on retrouve dans ce duo le batteur de Francky Goes To Pointe-à-Pitre, on se trouve bien loin des plages de sable fin guadeloupéennes foulées plus tôt. Direction les bayous poisseux de la Louisiane. Pas question de sludge ici, il faut remonter la frise chronologique du rock sudiste plus en amont pour situer la musique de MyBodyHorse. Car leur musique (que j’aime), elle vient de là, elle vient du blues. Relativement proche d’un autre combo bien bluesy, Stop II, le duo batterie-guitare/voix conserve ce côté roots à base de gratte bien métallique (effet bottleneck oblige), mais adopte aussi parfois une texture plus grasse, heavy, qui lorgne vers des horizons plus rock’n’roll. Et si les deux micros avec le bouton « réverb » bloqué sur 11 évoquent continuellement le garage façon Bass Drum Of Death, les duettistes ne rechignent pas au surf, ou au psyché 70’s d’un bon Black Sabbath, bien que la guitare nous ramène sans cesse vers les marais de NOLA. On en est donc à trois concerts : un qui goûte le punch, un qui goûte la bière tiède, et un qui goûte le bourbon. A Tours, on sait multiplier les saveurs, et on dirait bien que ce n’est pas fini…
MyBodyHorse (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

MyBodyHorse (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Saints And Sinners : Ce coup-ci, ce sera Irish Coffee ! Bon, c’est un peu facile puisque le quartet (où officie le bassiste d’Ed Warner et Goat Cheese) joue un folk-punk celtique dans la plus pure tradition. N’y allons pas par quatre chemins : si vous aimez Flogging Molly Tri Yann et bien sûr Dropkick Murphys, vous apprécierez vraisemblablement ce groupe. Moins distordus (donc plus folk) que les tauliers de Boston, les tourangeaux, malgré des petites touches de violon et d’harmonica, sont aussi moins dans le trad’ niveau instrumental. Difficile de leur en vouloir, des joueurs de cornemuse ou de flutiau, ça ne doit pas courir les rues dans la région (sans compter que la cornemuse… bon…). Guitares (électrique ou acoustique), basse, batterie, chant font néanmoins l’affaire pour transformer la Belle Rouge en pub enfumé de Staten Island (la Belle Verte?), avec tout ce que ça comporte en terme de chants fédérateurs (qui flirtent souvent avec l’esprit oi!) et de rythmiques bien dansantes. Certainement pas les plus originaux dans leur genre, Saints And Sinners font toutefois largement le taff et peuvent s’inscrire sans rougir dans la mouvance des groupes de punk celtique qui font mouche dans les rades les plus confinés comme dans les plus gros festivals, à partir du moment où il y a de la Guinness.
Saints And Sinners (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Saints And Sinners (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Les Princes du Rock : Le combo nom du groupe + description du fascicule officiel (« garage / rock psyché ») m’avait un peu refroidi. Et puis, j’avais bien envie de la voir cette expo avec plein de verges même pas turgescentes (oui des fois que Tours 2 Fête, ce serait pas déjà assez bien, il y avait aussi une petite expo photo). Et puis, elle était sympa cette espèce de fête improvisée autour d’un mec et de sa console midi sous les tonnelles. Car oui, encore une fois, des fois que Tours 2 Fête ce serait pas assez niveau programmation, il y a aussi des gens qui s’improvisent DJ avec trois fois rien pour ambiancer la terrasse. Ce festival est une teuf permanente, une réunion de pote où tu as ta place même si t’es pas un pote. Bref, tout ça pour dire qu’il y avait de l’animation en face des Princes du Rock, et que j’ai fait l’impasse. Voilà, maintenant je suis comme un con. Puisque d’une, mon pote qui lui, était devant, a trouvé ça super chouette, et de deux, bah je suis en train d’écouter là, et c’est vrai que c’est pas mal. Y’a un petit côté Black Lips dans la voix réverbérée, en beaucoup plus énervé, avec des choeurs super entrainants, et aussi une réverb’ guitaristique fort à propos. Tout ça pour dire que si vous avez l’occasion, ne vous arrêtez pas au nom un peu kitchos du groupe, et allez voir les Princes du Rock, il n’ont pas usurpé leur titre de noblesse.
Les Princes du Rock (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Les Princes du Rock (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Daily Mind Distortion : La prestation du groupe était a priori immanquable : « reformation exceptionnelle » indiquait le fascicule officiel. Je ne connaissais pas ce combo avant de le voir fouler les planches de la Belle Rouge, mais le fait d’y retrouver le chanteur de Reggae Night, le batteur des Princes du Rock, et surtout Simon de Verbal Razors (plus de trucs sur ce groupe déjà culte par ici et par là aussi), Nine Eleven, Ed Warner ou encore Sévère Gouine (j’en oublie certainement encore) n’annonçait que du bon. Et autant dire qu’une large frange du public présent sur les lieux attendait également de pied ferme cette prestation. Difficile de situer le hardcore des tourangeaux autre part que dans un périmètre déjà bien quadrillé depuis près de 20 ans par des formations ayant égayé les premières éditions de Tony Hawk Pro Skater, à savoir un savant mélange de punk rock et de rock’n’roll le plus dément, le tout réuni sous les auspices d’un HxC à l’épreuve de tous les half-pipes du monde. Mais rien ne sert de tergiverser lorsqu’il s’agit d’évoquer DMD : au final, le spectacle se trouve quasiment plus dans la fosse que sur scène. Soutenus par une fanbase au rendez-vous qui soutiendra tous les sing along imaginables, les cinq local heroes n’auront guère à pousser pour retourner la Belle Rouge et former un pit des plus énergiques, largement motivé par les incursions répétées d’un frontman en short plus que communicatif. Un set sous le signe du sport, entre slams répétés, tractions sous les poutres de la salle, moshing soigné et pogos incessants, qui demeurera vraisemblablement la plus grosse bagarre de ce festival. Une baston avec le sourire jusqu’aux oreilles.
Daily Mind Distortion (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Daily Mind Distortion (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • La Grauss Boutique : Amplis et batterie au sol, ce n’est pourtant pas l’heure de Pneu. Et c’est dommage. Bon, le but n’est pas ici de dénigrer les groupes, mais bon Tours 2 Fête ne pouvait pas non être totalement parfait, et c’est malheureusement — pour moi — la Grauss Boutique qui incarnera cette imperfection. Je n’ai pas réussi à rentrer dedans, et je pense ne pas avoir été le seul, vu l’ambiance assez froide et statique de l’assistance pendant ce set. Il faut dire que la noise du trio est assez difficile à suivre, entre intros tortueuses à la Shellac, qui enchainent soudainement sur des incursions parfois groovy, parfois funky, parfois même un peu sludge, sans que l’on puisse faire le lien entre ces changements de plans incessants. Ça manque un peu de simplicité. Et si côté guitare et basse ça tient techniquement la route (peut-être même un peu trop : leur jeu est souvent trop chargé et s’égare dans des tripotages de manche parfois superflus), on ne peut pas en dire autant du batteur qui, malgré un boulard assez important, restera assez brouillon lorsqu’il s’agira de jouer de la grosse caisse avec les deux pieds. Peut-être aurait-il été plus judicieux d’avancer ce concert (ne serait-ce que pour que Daily Mind Distortion puisse jouer plus tard).
La Grauss Boutique (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

La Grauss Boutique (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Kyma : Changement total d’ambiance avec ce trio hip-hop, qu’on a déjà pu croiser à Poitiers, depuis une funeste journée d’octobre 2009. Et si le reste de la programmation aura fait la part belle à l’esprit Bamboule, on peut dire que ce n’est pas exactement le but de Kyma. Exit donc les envolées euphorisantes du début d’après-midi, et retour sur le béton gris et froid de la ville, pour une bonne tranche de violence sourde. Rien à voir avec celle, artificielle et calculée, que le hardcore utilise comme un exutoire salvateur. Là, c’est du concret, c’est la violence du quotidien, celle qui fait pas du bien. Un shoot de désillusion, une bouffée de morosité désenchantée qui prend sa source dans ce que la vie compte de plus craignos, dans tout ce qui peut faire que t’as pas envie de te lever le matin. Distillée par un beatmaker, un MC et un bassiste qui porte en lui le démon, le son ici développé transpire le mal-être, avec des instrus aussi tristes que les paroles qu’elles soutiennent, et que seules des lignes de basse et des choeurs balancés en mode ultra-vénère viennent rehausser d’un peu de chaleur brute. Kyma, c’était donc l’assurance de garder un pied dans le monde réel, de bien se rappeler que si on prend tant de plaisir à se retrouver ensemble dans ce genre de festival à la marge pour se retourner le cerveau, c’est parce qu’on a tou-te-s « Le Mauvais Kromozom ».
Le Kyma (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Kyma (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Pneu : Cerise sur le gâteau, le duo noise devait clôturer les festivités en beauté et terminer le travail dans le bordel le plus total. L’astuce consistant à balancer ce groupe en toute fin histoire de vidanger les dernières calories des survivants a fait ses preuves, au Less Playboy Is More Cowboy d’il y a deux ans ou bien sur les plages montpelliéraines. Ça faisait cependant un petit moment que Pneu avait déserté les scènes : il faut dire que les mecs ne chôment pas, notamment JB, le batteur, qui multiplie les projets (Papaye, Funken, Jagwar Pirates, Tachycardie…) ne partageant comme point commun que le fait de tout buter. L’attente était donc forte, d’autant qu’il se murmure dans les milieux autorisés que le successeur à Highway To Health serait dans les tuyaux, ce qui laissait présager un set truffé de petites nouveautés. Et elle était peut-être trop forte d’ailleurs cette attente… Entendons-nous bien un concert de Pneu c’est toujours au dessus du lot, et ça l’était encore ce soir-là, parce que j’étais complètement bourré c’est au sol, parce que ça joue à 2000 à l’heure, parce que les amplis sont poussés à burne, parce que c’est comme prendre un coup de taser dans le cul. Mais il manquait cependant quelque chose pour cette fin de fest. Du temps, déjà. Je ne sais pas si c’est pour cause de restrictions sonores, mais le set a largement été amputé et s’est achevé bien plus tôt que prévu. Au final, assez peu de titres du dernier album, et donc supposément pas mal d’inédits, mais peut-être pas le meilleur cadre pour les découvrir. Je n’ai pas vraiment retrouvé le petit grain de folie qui donne toute sa singularité à la musique du combo, mais n’étais peut-être pas dans le meilleur état pour en juger… Il faudra donc faire preuve d’un peu de patience avant de pouvoir pleinement prendre la mesure des nouveaux morceaux du duo, en les pré-mâchant sur la platine, avant de les apprécier live, joués par un groupe qui reste, il faut bien le dire, taillé pour la scène.
Pneu (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Pneu (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

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