[Récit de concert] 18/09/2014 : The Phantom Carriage + Watertank + Throw Me Off The Bridge @ Grand Kfé

Au beau milieu du campus se trouve la salle qui manque à Poitiers : plus petit que le Confort, impossible à remplir pour la plupart des groupes n’ayant pas un minimum de notoriété, plus grand que les petits rades du plateau vite remplis par la plupart des groupes ayant un minimum de notoriété, le Grand Kfé de la Maison des étudiants propose en outre une programmation plutôt pointue en ce qui concerne les musiques qui tabassent bien, et n’attirent en conséquence quasiment aucun étudiant (cette espèce étrange qui préfère le néant créatif et la soupe réchauffée de Jabberwocky). Une taille appréciable, du bon son, pas d’étudiants chiants, de la bière pas chère, une entrée gratuite, évidemment, il fallait bien qu’il y ait un « mais ». Et en tant que structure pleinement intégrée au système administratif universitaire, vous pouvez aisément imaginer le bordel que représente l’organisation d’une saison de concerts dans ce type de lieu. Le Grand Kfé rebranchait donc les enceintes après un an de silence nous laissant au souvenir fiévreux des prestations de Drawers, 7 Weeks ou encore Deep In Hate, et enterrait les locaux de The Phantom Carriage afin de lancer un petit trimestre de trois dates incontournables.

affiche tpc

  • Throw Me Off The Bridge : Marque de fabrique du bar étudiant, l’éclectisme était une fois de plus de mise en ce jeudi soir, puisque le projet solo de Quentin Sauvé (qui officie dans As We Draw et Calvaiire, dont vous pouvez lire plein de bonnes choses par ici) est à peu près au hardcore de The Phantom Carriage ce que cette trompette de Serge Moati est à son p’tit pote sympatoche JMLP : aux antipodes, sans pour autant être dans l’impossibilité de s’en accommoder, bien au contraire. Bien loin des déluges de brutalité caractérisant ses autres projets, le guitariste prend en effet la guitare acoustique (comme l’illustre parfaitement la photo ci-dessous) et développe une folk sombre et chargée d’émotion. Se produisant habituellement en solo, le six-cordiste s’est pour l’occasion entouré de deux collègues batteur et claviériste-guitariste, et proposait me semble-t-il pour la deuxième fois ce line-up élargi permettant d’habiller les lignes de gratte et la voix mélancoliques du leader avec des éléments plus planants. Ça c’était pour la partie différenciant considérablement Throw Me Off The Bridge de la tête d’affiche. Car la folk glaciale du lavallois s’en approche aussi un peu paradoxalement, à travers l’ambiance désespérée qui enveloppe les arpèges ténébreux de guitare et le chant morne. Évidemment, avec un nom pareil et un artwork évoquant les fjords brumeux de Scandinavie, il était difficile de s’attendre à autre chose qu’un condensé de déprime carabinée. Froideur, tristesse, ténèbres, paysages du grand Nord, vous le voyez venir le rapprochement grossier avec le black metal ou le post-rock qui tempèrent le hardcore de The Phantom Carriage? Hé bien voilà, la boucle est bouclée et vous comprendrez aisément comment la folk du trio avait finalement sa place en ouverture de cette soirée. Donc si vous avez un excès de bonheur et que vous voulez reprendre contact avec ce que notre monde compte de plus désenchanté, n’hésitez pas à jeter une oreille à ce one-man-band. Sauf si vous êtes Béné, auquel cas vous vous contenterez de faire comme d’habitude, et de beugler joyeusement au premier rang.
Throw Me Off The Bridge (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Throw Me Off The Bridge (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Watertank : Et on peut dire que Béné, relou incontournable des soirées pictaviennes since 1992, aura eu de la concurrence en ce premier rang, puisque le caméraman de l’extrême abonné aux soirées du Grand Kfé était une fois de plus présent, GoPro sur le front, portable au poing, pour vous faire vivre l’événement au plus près de l’action. Et quand je dis « au plus près », c’est qu’encore plus près c’était de l’intérieur du chanteur de Watertank (jugez plutôt sur Youtube). Un chanteur d’ailleurs bien sympa (certains auraient pu être largement plus cons avec ce genre de « gentil emmerdeur ») qui préférera s’amuser avec la caméra (au risque d’en oublier quelques lignes de textes) plutôt que de gueuler, et surtout s’offrira le luxe d’un featuring de toute bôôôté. Bref. Watertank, c’est cinq nantais qui officient dans un style assez personnel (bon, si on met Torche de côté), fortement imprégné du sludge, mais s’aventurant sur des routes un peu plus post-rock, voire progressives. Pour tout dire, j’en avais vu un tout petit morceau (toujours la même histoire…) lorsqu’ils étaient passés au Zinc en ouverture de Cowards, et avais assez peu accroché à ce que j’avais entendu. Et pour être franc, c’est typiquement ce qui m’a emballé au Grand Kfé qui m’avait un peu refroidi au Zinc : la voix. Alors, je ne sais pas si c’est moi ou le vocaliste qui a changé, mais autant dire que rien que la présence scénique du bonhomme, sur l’avancée de la scène durant la quasi-totalité du set, faisait déjà bien chanceler mon avis initial. Et contrairement à la dernière fois, la clarté du chant ne m’a pas dérangé et donne au contraire toute son originalité au sludge tantôt bien boueux, tantôt atmosphérique de Watertank (que synthétise bien le dernier morceau joué, « Off The Radar »). Un peu comme si on collait la voix de Klone sur une version plus mélodique de Drawers. Un mélange aigre-doux, qui se retrouve également dans les compos du groupe, et notamment dans l’enchaînement bien contrasté entre le puissant « Sleepwalk » et le plus planant « Holy Tranquilizer ». Puisant dans son dernier effort Sleepwalk autant que dans ses précédents opus, le quintet nous aura livré un set bien énergique, en forme d’échauffement pour le déluge noir qui allait bientôt s’abattre sur l’assistance nombreuse s’étant réunie ce soir-là.
Watertank (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Watertank (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • The Phantom Carriage : Oui, du monde, il y en avait pour assister au désossement du charriot fantôme. Preuve s’il en était encore besoin que le groupe s’était largement fait sa place dans la scène pictavienne, à juste titre. Perpétuant une tradition locale de black metal moderne de qualité initiée par Deathspell Omega, les cinq musiciens — étant donné leur CV (ex-Nothingness, ex-Taciturn) — ne pouvaient pas ne pas réchauffer la potion glaciale avec quelques pincées de hardcore chaotique bien dans l’esprit de ce que font leurs compère de chez Throatruiner, voire même un peu jazzy, sur New Thing, leur premier album. Mais ce sera finalement Falls, plus brutal, qui sera à l’honneur pour ce concert d’adieu, et de surcroit exécuté pleine bourre. Changement d’ambiance donc, entre un line-check entrecoupé d’interludes lolesques à base d’Iron Maiden et de musique de pub, et un set sous tension, qui a bien pris tout le monde à la gorge. Servi par un son plus que correct — même si on regrettera des guitares un peu noyées dans les décibels, nous privant des petites nuances de « Mistakes & Fixes » et flinguant un peu l’intro de « Dreamers Will Never Stop Dreaming » — qui nous permettra de bien profiter de la voix durant toute la durée du set, le quintet nous a livré un set tout en brutalité, en forme de déluge de blasts exécutés au millimètre (et à un pied s’il vous plaît) et de tapis de double-pédale de grosse caisse ultra-triggée, histoire de bien buriner les crânes. On aura donc eu droit à une version pimpée du wagonnet ectoplasmique, adaptée à une conduite sportive et taillée pour bien nous rouler sur la gueule dès les premiers tours de piste. Les quatre gros morceaux de Falls, « Today We Stand », « Mistakes & Fixes », « Dreamers » et « Rejuvenation » nous seront ainsi balancés d’entrée avant que des titres plus orientés post-rock comme « The Time » ou « Devils, Gods, Us » ne viennent conclure les funérailles dans un lent tourbillon tourmenté, engloutissant dans un dernier cri le charriot fantôme. Espérons revoir ses cinq cochers bien vite dans de nouveaux projets tout aussi créatifs !
The Phantom Carriage (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

The Phantom Carriage (Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

 

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