[Chronique de disque] Harm Done – S/T

S/T cover artSorti le 1er septembre 2014 sur Straight & Alert

A l’instar de nombreuses villes cultivant l’échangisme au sein d’une même scène (on retrouve ça à Poitiers dans la Klonosphère, dont les membres combinent pour former Klone, Hacride, Trepalium, Step In Fluid, Food 4 Worms…) Nantes ne rechigne pas à la consanguinité. Et si du côté math/noise, Papier Tigre, Papaye et Room 204 s’évertuent à caresser l’oreille de l’auditeur à coups de mélodies aussi sucrées et ensoleillées que vitaminées, côté bourrin, il fallait bien renverser la balance et assombrir cette carte postale bien trop lumineuse. Pour cela, quelques illustres descendants des ducs de Bretagne issus de Regarde Les Hommes Tomber et Raw Justice (et parmi eux le big boss du label/distro hardcore avec un grand X Straight & Alert) ont uni leurs forces, nécessaires pour vous administrer la mandale suintante dont vous aviez besoin.

Alors ça donne quoi quand un groupe HxC old school fusionne avec les tenanciers français du doom tendance post-black? Hé bien ça donne du gras. Du très très gras. D’emblée, c’est le son choisi qui retient l’attention, et on peut dire que Harm Done ne fait pas vraiment dans la nuance. La guitare est aussi rocailleuse que le chant, quand la batterie est tellement épaisse que les blasts se meuvent le plus souvent dans un fracas de cymbales assourdissant. Le côté powerviolence du quatuor tient finalement beaucoup à la densité sonore poussée à burne des instruments. Car côté tempo, les nantais ont pris le parti d’une brutalité tout en lourdeur. Exit les petites baffes furtives caractéristique du hardcore le plus rapide, Harm Done joue la carte de la grosse patate que tu vois venir mais ne peux éviter. Alors certes, le quota de blast est respecté, mais quand on sait qu’ils ne font pas plus du quart des morceaux, et que ceux-ci ne dépassent pas généralement la minute, reste alors l’oppressant sentiment de se faire écraser par une succession de moshparts toutes plus pachydermiques les unes que les autres.

Mais Harm Done ne balance néanmoins pas la sauce à l’aveugle. Les trois morceaux d’ouverture forment ainsi un unique bloc aux atmosphères différentes. Alors que l' »Intro » instrumentale pose les bases d’une production ultra-lourde et proposant un bon échauffement pour la bagarre qui se fait sentir, « Lose The Life » et « Hammer Stomp » vous pètent à la tronche dès les première notes dans un déluge de brutalité avant que les débris de l’explosion ne vous retombent sur le coin de la gueule sous forme de parties de mosh bien grasses. L’EP se termine un peu de la même façon, avec « Valueless Being » et « Let Down » qui s’enchaînent pour former un seul morceau en deux parties, laissant davantage de place à la lourdeur, grâce à des tempos de plus en plus lents et écrasants, avant de conclure sur un maelström des plus violents, à l’exact opposé de la façon dont débutait le 7″. Entre ces deux blocs, le morceau éponyme « Harm Done » et « Me, Myself & I » offrent des structures plus classiques, qui diffèrent des successions de riffs tantôt ultra-rapides tantôt ultra-lourds, et développent des plans plus complexe, avec une ride bell fort à propos et un bon jeu de toms sur « Harm Done », tandis que « Me, Myself & I » s’offre même le luxe d’une pause pour introduire un outro doomesque, au riff bien sombre appuyé par un roulement de double-pédale, et pas si éloigné de quelques plans de RLHT.

Le mot d’ordre de cet EP restera donc la brutalité, qu’elle prenne la forme de down tempos bien poisseux ou de blasts percutants. Une brutalité qui se manifeste essentiellement dans l’exécution et le son produit par les musiciens. A la réflexion, certaines moshparts sont assez classiquement exécutées mais bénéficient d’une disto beaucoup plus grasse que ce que nous offrent les formations HxC usuelles. On peut même trouver ça et là quelques traces de groove qui, sans aller jusqu’à la touche particulière des maîtres actuels en la matière Turnstile, donneraient presqu’envie de se remuer. Mais c’était sans compter sur la voix rauque d’Alexxx, qui gratifiera le micro de bout en bout d’un débit vocal poussé à burne, et d’un phrasé haché (notamment sur « Harm Done ») pour remettre les choses à plat. Le powerviolence de Harm Done puise donc dans des genres moins brutaux, pour en tirer l’essence la plus frontale, hargneuse. Le passage à tabac ne dure pas longtemps – environ 7mn pour 7 titres – mais ne comptez pas là-dessus pour vous en tirer comme ça, le mal est fait. Et bien fait.

S/T c’est si vous n’avez rien contre : Sex Prisoner, Weekend Nachos et la bagarre.

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