[Chronique de disque] Body Count – Manslaughter

body count artSorti le 10 juin 2014 chez Sumerian Records

Après huit ans d’absence et un Murder 4 Hire parfois efficace mais… spécial dans l’ensemble, les pionniers de la fusion metal/hip-hop sont de retour. Cultivant toujours leur imagerie « black gangsta », rappelons que le groupe est pourtant emmené par Ice-T. Oui, celui-là même qui a perdu depuis environ 15 ans sa street-credibility en incarnant un keuf dans une série américaine et en allant se compromettre dans une télé-réalité le mettant en scène en compagnie du bout de plastique avec des petits morceaux de femme dedans qui lui tient lieu d’épouse. Qu’à cela ne tienne, la pochette annonce pourtant la couleur, et promet un album qui tranche dans le vif. Après un passage curieux par le label suédois « Escapi Music » et un virage beaucoup moins thrashisant que ce qui caractérisait les instrus des débuts, BC sort cette fois-ci sa nouvelle galette chez Sumerian Records (qui compte également dans son catalogue The Dillinger Escape Plan ou encore Animals As Leaders). Et ça, ça ne présage que du bon.

Ne serait-ce que pour la production dont il bénéficie, Manslaughter relève d’emblée le niveau et replace Body Count au rang qu’il mérite. Le son est propre tout en restant agressif et valorise des compos qui semblent avoir été largement plus travaillées que les boucles répétitives de Murder 4 Hire. Certes, l’ensemble reste assez basique, mais BC ne nous jamais habitué à des démonstrations de technicité et ce n’est de toute façon pas ce qu’on attend d’un groupe de fusion. D’emblée, « Talk S**t, Get Shot » pose les bases de l’album et annonce un riffing lourd conforme au genre, sur lequel viennent se poser des parties de sing along déterminées. Mais ce premier morceau confirme également le fait que les américains en ont définitivement fini avec le thrash ayant fait les grandes heures de leur premier opus Cop Killer. La moshpart bien massive en fin de morceau annonce en effet un virage metal hardcore de la part du groupe. Et de fait, pas besoin de se plonger longuement dans l’album pour constater cette orientation : un rapide coup d’oeil à la tracklist donne quelques indices plutôt parlants. Un featuring avec le chanteur de Hatebreed, Jamey Jasta, est d’abord annoncé : « Pop Bubble », brûlot anti-pop culture (oui Ice-T est un homme qui dénonce, et il est, au vu de son CV télévisuel, le mieux placé pour le faire), affiche un groove incroyable dans les couplets et une lourdeur HxC pachydermique renforcée par le timbre rocailleux de Jasta, qui débitera un couplet rappé des plus frontaux. Et puis une reprise aux paroles actualisées de l' »Institutionalized » de Suicidal Tendencies donne l’occasion au MC de déverser sur sa colère sur les tracas quotidiens qui lui mettent la rage (sa femme qui lui demande d’arrêter de jouer à la Xbox, un vegan qui lui dit que manger de la viande c’est pas très bien : les fléaux de notre époque, quoi).

Ce ne sont donc pas les textes de ce nouvel opus qui retiendront l’attention. D’autant qu’on retrouve grosso modo les mêmes sujets que ceux abordés sur les albums antérieurs : des « bitches » dans tous les sens, un orgasme sur fond de vaudou (« Voodoo Sex », comme dans « Evil Dick » ou « Voodoo » de 1992), un peu de « You don’t know me […] you don’t know my pain » (« Enter The Dark Side », qui rappelle « You Don’t Know Me (Pain) » du dernier album) etc. En revanche, les compositions de Body Count ont pris un nouveau souffle. Tout en puisant dans des références relativement old school, oscillant entre fusion classique plutôt groovy et metal hardcore à la sauce new-yorkaise, les californiens ont clairement renouvelé leur répertoire avec une efficacité qu’on n’attendait plus. Les musiciens jonglent donc en permanence avec les styles sans avoir peur de jouer aux montagnes russes dans les dédoublements de tempo : « Bitch In The Pit » et ses couplets renouant avec la rapidité du thrash des débuts se fait étonnament groovy sur les refrains, et ne s’interdit pas une bonne grosse moshpart. Plusieurs morceaux louvoient ainsi entre différentes rythmiques, en piochant dans les différentes caractéristiques du metal HxC : « Pray For Death », « Back To Rehab », « Manslaughter » ou « Get A Job » offrent chacune leur part de sing along, de breakdowns massifs ou de passages bien rapides, quand certaines d’entre elles flirtent même avec le mélodique du metalcore. Si Manslaughter souffre quand même d’une durée un poil longue, et qui n’est pas sauvée par les morceaux qui concluent – « I Always Will Love You », un genre de power-ballade pour gangster au grand coeur, et une version « rock » de « 99 Problems », dont la version standard figurant au coeur de l’album était déjà une reprise d’un morceau d’Ice-T aux paroles à chier – il relève néanmoins bien la barre vis-à-vis de Murder 4 Hire, tout en prenant le risque de ne pas forcément jouer sur le terrain où on attendait Body Count. C’est ce qu’on appelle un retour gagnant.

Manslaughter c’est si tu n’as rien contre : Rage Against The Machine, Madball, et les thèmes chers à Ice-T, quand même…

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