[Récit de concert] 29/05/2014 : Duchess Says + Violence Conjugale + Cheveu + His Electro Blue Voice + Vundabar + Jessica 93 + The Octopus Project @ Confort Moderne (Less Playboy Is More Cowboy)

Le jeudi de l’ascension était cette année marqué par le final de Less Playboy Is More Cowboy, cinquième du nom. Après un lancement réussi trois jours plus tôt, avec la présence de Shellac, restait à confirmer ce succès par une conclusion en beauté. Un succès qui ne faisait guère de doute tant le festival a bénéficié d’une promo élogieuse au sein de zines à tendance bruyante, comme Noise Mag ou Noisey. Mais aussi parce que la fête de fin d’année du Confort est devenue une petite institution : au final, quelle que soit l’affiche – j’avais émis quelques réserves pour cette année, mais ça reste quand même de la chouette programmation – ça fait toujours plaisir de s’y rendre. Il fait beau, y’a des potes, et on boit des coups sous le soleil ou devant des concerts qui s’enchainent des heures durant. Et c’est un peu ça le problème, il y a tellement de choses à boire voir qu’on ne sait plus trop où donner de la tête et qu’on a du mal à se souvenir de tout. D’où, vous le constaterez, des comptes-rendus quelque peu limités.

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(Source image : Noisey)

  • The Octopus Project : Le groupe qui joue quand j’arrive nous vient des Etats-Unis. On peut dire que le quartet entretient le cliché pour ce qui est de la scénographie, très travaillée. Alors que des bandeaux de tissus habillent l’arrière-scène et réfléchissent des projections qui accompagnent la musique jouée, le look des musicien-ne-s est soigneusement pensé : le trio masculin porte jeans noir et chemises unies blanc crème/blanc cassé cravate noire sur chemise blanche et pantalon noir, tandis que l’apparente leadeuse arbore un look mi-sixties/mi-futuriste assez paradoxal. Côté musical, bien que globalement efficace, l’électro-rock des américains est un peu décousu, et moins cohérent que l’unité vestimentaire du combo. Chaque morceau est l’occasion d’explorer des univers différents, parfois pop, parfois beaucoup plus incisifs, qu’on a du mal à relier entre eux même si le côté électronique constitue l’armature du tout. C’est dommage car dans l’ensemble,  les différents titres sont travaillés, et ne manquent pas d’originalité (même si le theremin, ça commence un peu à être surfait). Un set en demi-teinte donc, mais néanmoins une entrée en matière plutôt énergique qui présage du bon pour la soirée.

The Octopus Project (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Jessica 93 : Déjà vu deux fois, dont une au FOFF d’Angoulême, le one-man-band est clairement monté en grade depuis sa première place au top 50 2013 made in Noise Mag. Passé du Relax au Confort, Geoff (par ailleurs ex-Louise Mitchels, ex-Besoin Dead et actuel Missfist) a quintuplé le nombre de spectateurs venus le voir. Le hangar est plutôt bien rempli comparé à la scène qui, bien que moins importante que celle de la grande salle (et comblée par le barda de blouson/housses de grattes/casquette rose trop choupi), parait bien grande pour le soliste. Mais au final, ce n’est pas vraiment la performance scénique qui importe lors d’un concert de Jessica 93, sa musique n’encourageant pas vraiment les effusions virevoltantes. Hypnotisante jusqu’à l’abrasion, celle-ci se compose de boucles lancinantes de guitare et de basse suintant le glauque, calées sur une boite à rythmes désarticulés et appuyant des parties de voix aériennes portées par une réverb à burne. Mais ça je l’ai déjà dit la dernière fois, et ça n’a pas vraiment changé. Et c’est tant mieux. Le dernier morceau du set, que je ne connaissais pas, reprend ainsi la recette de « Poison » et « Away », deux titres majeurs de Who Cares, pour mélanger rythmique dansante et dissonance dépressive. LPIMC vient de prendre une sacrée douche froide avec ce set, plus percutant et efficace que celui que j’avais vu à Angoulême. Un Geoff en forme donc, dont le fait d’arme le plus marquant de la soirée restera quand même le moment où il s’est fait virer du Confort par la sécu, après avoir pissé en plein milieu de la cour, une bouteille de bourbon à la main.

Jessica 93 (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Vundabar : Les anglais de Traams qui ressemblent à des étudiants en glandouille annulent leur participation à LPIMC? Aucun problème, les américains de Vundabar et leurs têtes de lycéens amateurs de gros tonjs sont dispo. C’est toujours un peu humiliant d’aller voir des mecs de 19 ans sur scène, qui traversent l’Atlantique pour tourner un peu partout en Europe, alors que toi t’as jamais foutu les pieds dans un avion. Ça l’est encore plus quand le combo en question officie dans un style que tu n’affectionnes pas particulièrement – sorte de pop-rock un peu juvénile, très Pixies dans l’esprit, digne d’une bande-son accompagnant les scènes larmoyantes de séries pour ado type frères Scott – mais réussissent quand même à le faire bien. Si bien que tu ne décroches pas, et décides finalement de mater tout le concert. Il faut dire que leur masterpiece « Holy Toledo » et son refrain assez efficace, a le don de rentrer dans les têtes et d’en sortir difficilement. Et pour ne rien arranger, le trio basse-guitare-batterie ne se prend pas la tête et déroule le set avec une désinvolture insolente. Ce ne sera pas le concert de l’année, mais il faut bien reconnaître que tout en ne révolutionnant rien, Vundabar fait les choses bien.

Vundabar (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • His Electro Blue Voice : Bon, il arrive un moment où il faut manger, sous peine de ne pas voir la fin des concerts. Ce que je décidai de faire un peu avant le set des italiens. Choix probant : je ne verrai pas la fin de la soirée (on y reviendra)… Bref, j’arrive donc en fin de set et suis d’emblée surpris par le son bien moins dense que prévu du combo. Le trio guitare-basse-batterie joue à un volume très élevé certes, mais les cordes et la voix ne sont pas aussi distordues que j’aurais pu croire, formant habituellement un mur sonore d’où la batterie s’extrait difficilement. Alors, je ne sais pas si c’est le fait du hangar, mais la batterie était pour le coup bien présente, et autant dire que ça bourrinait sévère. Comme pour Jessica 93, HEBV fonctionne à la boucle, qui tourne inlassablement afin d’imprimer leur post-punk au plus profond des cervelles. Mais là où le one-man-band francilien réussissait à construire des montées en puissance hypnotiques, le trio transalpin m’a paru assez poussif. Certes ça crache à mort, et ça joue plutôt vite et bien, mais je n’ai pas été embarqué dans le tourbillon bruitiste de la formation et suis plutôt resté sur le bas-côté. L’heure tourne, ma tête commence aussi, et je n’ai toujours pas pris la baffe à laquelle LPIMC m’a habitué ces trois dernières années.

His Electro Blue Voice (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Cheveu : Le trio parisien de chez Born Bad est certainement le groupe dont j’attendais le plus pour cette soirée. Déjà réputé sur la scène indépendante, il a pris une autre dimension cette année avec la sortie de Bum, qui fût salué par la plupart des médias, des habituels spécialisés aux plus généralistes. Il y avait de quoi avoir peur : un indé qui file l’exclu de son nouveau clip à un journal comme Libé, ça ne sent pas forcément très bon. Mais on comprend aussi ce qui a pu pousser des titres grand public à s’intéresser de plus près à l’OVNI Cheveu. Car bien que conservant ce côté exploratoire qui n’appartient qu’à lui, il faut bien avouer que Bum – en développant des aspects clairement pop – se fait particulièrement accessible et offre des hymnes efficaces. A l’image des choeurs de « Stadium », dignes d’une pub Coca-Cola intercalée entre deux mi-temps de Brésil-Paraguay. Cet alBum, il n’est pas si éloigné de ce dont les ondes nous abreuvent à longueur de journée. Mais ce qui sépare Cheveu des « artistes » à l’origine de cette soupe qu’on nous sert inlassablement, ce sont des références musicales innombrables et une science pointilleuse de l’arrangement qui fait mouche. On sent un travail minutieux derrière ce disque, alors forcément en live, c’est plus brut, à l’arrache. Car c’est aussi ça qui fait la réputation des parisiens : un certain sens du bordel, qui se sent dans l’exécution plus spontané des morceaux de Bum. A part « Polonia » qui conservera son côté aérien et angoissant, on a droit à une version moins propre de « Monsieur Perrier », « Slap And Shot », « Albinos, qui alternent avec les morceaux plus anciens et plus rugueux des précédents opus de la formation. Cependant, les trois musiciens restent relativement sages sur scène et font mentir les reports que j’avais pu lire ça et là. Mis à part un chanteur un peu perché, le guitariste et le machiniste restent plutôt statiques. Il faudra bien l’intervention en fin de set de Béné, notre héros local invité à monter sur scène, et qui gratifiera le public d’un spectacle de dreads (c’est comme un spectacle de marionnettes, mais avec ses locks) assez unique en son genre, pour avoir droit à un peu d’animation. La qualité musicale est donc toujours là pour ce final de LPIMC, mais la folie se fait encore attendre…

Cheveu (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Violence Conjugale : Après la petite dose de légèreté administrée par Cheveu, retour à quelque chose de beaucoup plus glauque. On reste pourtant sur le même label. Les synthés et boite à rythmes sont toujours à l’honneur, mais le minimalisme froid atteint un échelon largement supérieur. L’éclairage pâle, blafard de la scène du hangar accentue un peu plus l’ambiance déliquescente du concert. Le cocktail n’a pas changé depuis la prestation de Violence Conjugale au Plan B il y a un peu plus d’un an. Mais il n’y aura pas de lancer de croque-monsieur de la part d’un spectateur mécontent du niveau intellectuel trop élevé, ce soir. Le chanteur, volontiers provocateur, est pourtant bien en jambe ce soir et communique pas mal avec le public avec l’humour grinçant qu’on lui connaît. Il finira le set en invitant quelques choristes à l’accompagner sur scène. De quoi détendre l’atmosphère pleine de tension que véhiculent la dissonance et l’urgence des synthés, ainsi que les paroles plus ou moins énigmatiques, dont l’unique truc dont on peut être sûr, c’est qu’elles portent à elles seules le premier mot du nom du groupe. Sorte de Warum Joe version synthétique, le duo parisien emprunte à leurs homologues pionniers du synth-punk hexagonal ses rythmiques électroniques plutôt dansantes, des mélodies minimalistes et des lignes de voix saccadées – souvent un peu fausses – très new wave dans l’esprit, très Ian Curtis dans les intonations et la danse répétitive qui les accompagne. Jouant à la fois sur le tableau du punk et sur celui de l’électronique, Violence Conjugale ravira donc les aficionados des dancefloors poisseux, des squats pourris les plus huppés.

Violence Conjugale (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Duchess Says : Bon alors, la soirée devient vraiment compliquée. Il y a pas mal de monde sur scène, pour développer une sorte d’électro-rock plutôt énergique. Cependant, je n’ai pas l’impression d’avoir été le seul à rester relativement insensible à ce joli déversoir à bonne humeur. La chanteuse aura beau déployer de gros efforts pour impliquer la fosse au spectacle dans son ensemble (en descendant de scène, faisant accroupir tout le monde et distribuant quelques djellabas immaculés), ça restera relativement mou du genou. Même si dans mon état et vu de l’extérieur, cette mise en scène sera plutôt intrigante. Toujours rien de fou-fou pour cette cinquième édition de LPIMC, donc. Je décide de plus d’écourter ma présence dans la grande salle, alors que je vois une bouteille de Jack à casquette rose se diriger vers la sortie.

Duchess Says (Crédits image : Confort Moderne | Photographe : Yvain Michaud)

  • Jonathan Toubin : Il commence à se faire tard, je ne suis vraiment plus très frais, et je dois me lever à 8h, soit dans quelques heures. Je prends donc la décision stratégique de manquer le DJ set final. Coaching payant, puisque je me lèverai finalement à 11h30. Less Playboy Is More Cowboy : 1 – Du barbelé dans les tympans : 0. A l’année prochaine, avec espérons-le, un peu plus de joie, de folie, de bamboule, dans la prog et sur les scènes !
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