[Chronique de disque] Funken – Michel

Maximum Végétation cover artSorti le 6 juin 2014 chez Platinum Records

La première fois que j’ai entendu parler de Michel, et de son papa Funken, c’était par un pote plutôt chiant, qu’aime jamais rien plus que lui-même, la Charente, et Cheveu (des fois). Il ne m’en a dit que du bien, signe encourageant s’il en est. Mais la première fois que j’ai réellement rencontré Michel, c’était en rentrant du travail, dans le bus. Le ciel était aussi bleu que sa pochette, et je mangeais une banane aussi sucrée que sa musique. Le genre de cadre idéal pour un contact avec Michel. Tu penses à rien, tu te laisses conduire et tu écoutes ce qu’il a à te dire. Et comme beaucoup de tourangeaux contemporains, chacun dans leur genre (Pneu, Verbal Razors, Ed Warner etc.), ça présente forcément un intérêt certain.

Musicien prolifique de la scène de Tours, le papa de Michel, Funken donc, officie dans divers projets dont The Fox Heads, et s’est entouré pour l’occasion de quelques compères du meilleur tonneau (on citera notamment JB, de Pneu, Papaye, Binidu ou Jagwar Pirates qui devait s’ennuyer avec si peu de projets). Tout cet entourage a inculqué les bonnes manières à Michel, qui s’introduit lui-même et se présente avant de rentrer dans le vif du sujet. L’occasion d’indiquer 1) ce qu’on pourra faire tout en l’écoutant et 2) ce dont il est capable. A savoir : 1) Bouger la tête, taper des mains, et on n’y manquera pas ; 2) Prendre des p’tits bouts de trucs et puis les assembler ensemble afin de bricoler une indie-pop fraîche, enfantine, qui fait pouet-pouet, bidibip et clap-clap-clap, sur laquelle un MC un peu faux à casquette de bûcheron canadien vient poser une voix mélancolique.

(Là c’est l’intro. Normalement, ça dure plus longtemps, mais il faut écouter le disque.)

Quand j’ai entendu Michel la première fois, j’ai trouvé dans sa voix des choses qui me rappelaient Phoenix (groupe ô combien mainstream dont j’ai cependant du mal à désaimer les premiers opus). Un petit côté Clara Clara aussi. Et puis finalement, j’ai arrêté de chercher, car tout – la voix et le reste – dans Michel me faisait penser à plein de trucs – Albert Hammond Jr.(« Holiday »), Gorillaz (« Yes We Cook »), ou The Coup (« Merry Go Round ») – sans jamais tomber dans la pâle copie. Michel fait sa propre tambouille. A base de very tasty banana, de pop et de hip-hop,  en conservant de façon constante une douceur qui se nourrit d’arpèges de guitare claire et de synthés tout mignons. Ho bien sûr, il arrive à Michel de s’énerver un peu, de se faire dissonant en pleine séance d’auto-promo pour The « Fox Heads », ou quand il explique que s’il a un accent anglais plus que limite, c’est pas parce qu’il a séché les cours au collège, c’est parce que c’est une « Fuckin Froggie ». Mais dans l’ensemble, Michel est quelqu’un d’apaisant. Il manie la mélodie minimaliste construite avec des bouts de ficelle et des plans de gratte sur une corde à merveille. Certes Michel aimerait apprendre à jouer de la « Guitar ». Mais est-ce vraiment nécessaire quand mises bout-à-bout, les différentes petites touches de cordes pincées combinées aux nappes vocales offrent au final ce condensé de douceur aérienne n’ayant rien à envier à José Gonzalez qu’est « Forest » ?

Même lorsqu’il décide de nous faire remuer un peu, Michel prend des pincettes. Car Michel ne s’enferme pas dans la lenteur mélancolique de quelques ritournelles pop, et décide parfois d’accélérer un peu le tempo. Il s’entoure alors de quelques potes MCs (Boogers, Thesis Sahib), quand ce n’est pas Funken lui-même qui sort son plus beau flow, pour mâtiner son indie-truc de hip-hop softcore. Si « M.I.C.H.E.L. » conserve ce côté très verdoyant, qui constitue la bande-son idéale pour une sieste estivale dans un hamac ombragé et montre que le rap n’a pas besoin de respirer le béton pour être bon, « Radioactive Eskimo » se fait plus incisif, avec son flow en français et sa rythmique marquée qui fait bouger la tête. Et le reste aussi. Car Michel ne rechigne pas à la bamboule. Celle qui nous ramène des années en arrière, quand fête rimait avec goûter autour d’une assiette de cookies maison, chapeaux en carton, ballons multicolores et bidule à faire des bulles. « Two More » avec ses patterns oscillant entre world et jungle et « Give Me 5 » avec ses choeurs entraînants feront ainsi monter la sauce sans jamais jamais se dépatouiller des mélodies naïves et doucereuses qui nous rendent si heureux de régresser à l’écoute de Michel. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Michel conclue sur une berceuse emplie de nostalgie, nous rappelant au doux souvenir des voyages en bus sur la route des « Holiday » et autres colonies de vacances en bord de mer. Car tout au long de ses morceaux minimalistes mais riches d’une créativité faite de rafistolages astucieux, c’est bien la réminiscence de l’enfance, dans ce qu’elle a de plus colorée et rigolarde, qui pointe derrière l’apparent vague-à-l’âme habillant les mélodies bucoliques et faussement ingénues de Michel.

Michel c’est si tu n’as rien contre : Mac Demarco, garder le sourire pendant une demie-heure, le soleil que les tourangeaux ont volé à leur ciel pour mettre dans leurs disques.

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