[Récit de concert] 26/05/2014 : Shellac + Décibelles @ Confort Moderne (Less Playboy Is More Cowboy)

Alors que le festival Spiderland marquant la fin de saison à la Nef avait connu un lancement plutôt mitigé, notamment en terme d’affluence, malgré la présence de Melt-Banana, on ne pourra pas en dire autant de celui de Less Playboy Is More Cowboy #5. Le concert est loin de commencer lorsque j’arrive, que la cour du Confort est déjà noire de monde. Il faut dire que la SMAC a mis les petits plats dans les grands et nous a concoctés une soirée nostalgie. De celles qui nous ramènent aux grandes heures de Poitiers en tant que carrefour du rock international. De celles où les habitués de la scène actuelle se mélangent à ceux qui ont connu l’âge d’or du post-hardcore à domicile. Après le retour de NoMeansMo il y a quatre ans (avec une sociologie similaire), manquerait plus que Fugazi se reforme et passe nous faire coucou. Mais tandis que ces deux groupes affichent désormais bon nombre de passages par notre charmante bourgade au compteur, il s’agissait du baptême du feu pour les légendes de Chicago. Un baptême attendu.

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(Source image : Noisey)

  • Décibelles : Et les américains ne sont pas venus seuls. A priori choisies parmi une liste de groupes par les membres de Shellac en personne, les trois lyonnaises de Décibelles ont eu la chance d’ouvrir la soirée poitevine. Chance non seulement parce que c’est toujours gratifiant de faire la première partie d’un groupe aussi renommé, mais aussi parce qu’elles n’auront pas – comme c’est souvent le cas aux alentours de 21h – à jouer devant une salle quasi-vide. Pas mal de monde était donc déjà présent pour assister à la prestation du trio, dont on a pu un peu mieux comprendre la présence ce soir-là en entendant ce qu’elles avaient à proposer. Pour être honnête, je ne connaissais pas du tout le groupe, et la description qu’en avait faite le Confort combinée à une écoute rapide ne m’avait pas franchement emballé. J’en étais resté à « l’indie pop sucrée » annoncée par ladite description, avec une touche de vague énervement. Alors je ne sais pas si le combo a adapté son set à l’affiche, où bien si c’est toujours comme ça, mais j’ai été très agréablement surpris par l’énergie se dégageant des trois musiciennes. Certes, on peut retrouver ça et là des accents pop indéniables – notamment lorsque la guitariste-chanteuse troque sa Fender contre un synthé – mais on ne peut pas non plus nier ce qui lie le trio lyonnais à Shellac : des influences clairement post-hardcore, à base de rythmiques qui cognent pas si éloignées de ce que pourraient faire des groupes comme Metz ou Pissed Jeans, mêlées à la fulgurance du renouveau indie-rock des premiers Arctic Monkeys et Bloc Party.  Il ne reste plus qu’à prendre en compte les voix criardes, parfois stridentes de la batteuse et la guitariste, et vous vous retrouvez devant quelque chose approchant Le Tigre. Un set beaucoup plus rentre-dedans que prévu, donc, et parfois un peu trop pour la batteuse qui a parfois du mal à tout gérer : ses parties, lorsqu’elles sont plutôt rapides, et le micro qu’elle gratifiera de quelques bons gros coups dans sa gueule, forçant l’ingé son à intervenir. Ce n’est donc pas toujours super calé, ça manque un peu de folie sur scène, mais on aura eu droit au final à pas mal d’énergie, beaucoup de bonne humeur, et contre toute attente à une ouverture pour Shellac plutôt raccord.
Décibelles (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Décibelles (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Shellac : Le temps de sortir boire une mousse, et je retourne vite dans la salle qui, de plutôt bien remplie pour les Décibelles, est en train de se blinder. Les gens se massent devant la scène, et il n’y aura pas le traditionnel fossé de 2m entre le public et le groupe. D’autant plus que les chicagoans ont adopté une configuration plutôt frontale. La batterie placée juste derrière les retours, au milieu de la scène, entre les amplis bien avancés, laisse penser que personne ne sera mis en avant. Le trio devrait jouer sur une ligne sur le devant de la scène, au plus près des gens. L’heure tourne, le public s’impatiente et ça commence à gueuler. C’est vraiment une des premières fois où je vois le Confort en ébullition, manifester une réelle attente vis-à-vis du groupe qui s’apprête à jouer. Ce qui change de l’apathie habituelle. Le pedigree des hôtes du soir y est évidemment certainement pour beaucoup. J’avoue n’être moi-même pas un grand connaisseur du groupe, mais le nombre de fois où le nom « Shellac » a été accolé à des trucs que j’écoute est faramineux. Que ce soit en tant qu’influence artistique, à l’origine d’un son particulier – notamment la basse – qui inspirera une décennie et plus de post-hardcore international. Ou bien par l’intermédiaire du frontman, Steve Albini, gros défricheur musical et producteur de renom, par chez qui, là aussi, bon nombre de groupes que j’apprécie sont passés avant de tourner sur ma platine (The Irradiates ou Melt-Banana, pour ceux que vous retrouverez sur ce webzine). C’était donc davantage le nom, la réputation du groupe qu’une réelle admiration qui m’avait fait venir à ce concert. Restait à savoir si le trio allait confirmer son aura par le geste.
Shellac (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Shellac (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Dès l’arrivée des musiciens, pas de fioritures : ça joue et c’est tout. Rien de tape-à-l’oeil dans Shellac. Lumières blanches minimalistes, scénographie basique (on notera quand même un court solo de batterie à six mains, ainsi qu’une mise en retrait des guitaristes sur l’interlude à la batterie de « Steady As She Goes »), et on pourrait continuer ainsi jusqu’aux fringues normcore du groupe (notamment le t-shirt d’Albini, au graphisme « loup qui hurle sous la lune » cher aux fans de Johnny). Mais de l’autre côté, on retrouve toute la sophistication du son des américains. La basse bien ronde est là, la batterie et cette caisse claire qui claque également, et puis la disto métallique si reconnaissable du frontman éclate dès les premiers accords de « My Black Ass ». On n’a pas tous les jours le luxe d’avoir quelques-uns des meilleurs ingés son du monde sur scène. Côté setlist, n’étant pas un grand connaisseur de la discographie du groupe, j’ai quand même pu constater que le trio piochait dans ses quatre albums et reconnu « A Minute » ou « Squirrel Song », en version condensée. La longueur des morceaux m’a toujours un peu gêné chez Shellac, mais les boucles sont beaucoup moins répétitives en concert, et tournent juste ce qu’il faut pour garder leur côté hypnotique sans pour autant devenir abrasives.

Shellac (Shellac (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Shellac (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Une bonne partie du set aura également été consacrée à des titres inédits devant figurer sur le cinquième album du groupe à venir, Dude, Incredible. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, la recette de ces nouveaux titres est identique à ce dont Shellac nous a habitués : des riffs lourds, qui tournent en boucle sur des rythmiques tortueuses, aux fulgurances noisy portées par des patterns de batterie plus directs. Les morceaux, anciens ou inédits, s’enchaînent plutôt bien, excepté lorsque le bassiste décide de faire un brin de causette avec le public et instaure une séance de questions/réponses. J’aurais cru que le public serait plus avide d’informations concernant l’album à paraître (date de sortie par exemple), mais on se contentera de la marque de leurs guitares ou bien l’avis du groupe sur le dernier disque des Pixies. Au final, les trois chicagoans auront tenu la scène durant environ une heure et demie, faisant peu à peu monter le set en intensité (à moins que ce ne soit la bière) et m’incitant à migrer du milieu de la salle aux premiers rangs, où quelques pogos éclatent sur les morceaux les plus rapides. Le public aura d’ailleurs été réceptif tout au long du set, créant une bonne ambiance que je n’avais plus vue au Confort depuis un certain temps. Mais ces « efforts » n’auront pas vraiment été récompensés, puisqu’il n’y aura pas de rappel. Sitôt le son coupé, les trois musiciens commenceront eux-mêmes à remballer le matos – brisant définitivement tout espoir de morceau supplémentaire – et se seront donc comportés de bout en bout comme un groupe lambda : des lights au rangement, en passant par les contacts avec le public, pas de prétention, pas de grosse tête. Juste tout l’esprit et l’éthique qui collent à leur réputation, et que de nombreux groupes auraient pu perdre s’ils avaient connu le même succès.

Extraits de la soirée (crédits vidéo : rmch)

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