[Récit de concert] 21/05/2014 : Epiq + Ultra Zook @ Zinc

L’asso In Touch Able semble en plein come-back ! Après un concert sauvage de Bild sous le pont de la Pénétrante, c’est la cave du Zinc qu’investissaient ce soir-là les lectrices de Noise Mag les plus assidues de toute la ville. Bon, pour le coup, elles m’auront fait un peu mentir pour cette date, puisqu’Epiq et Ultra Zook ne sont pas vraiment des habitués des pages du bimestriel musical. Mais était-ce vraiment une raison pour ne pas se déplacer? Sérieux, c’est quoi le problème de Poitiers? Y’a deux concerts ensoleillés qui viennent briser en deux une semaine de grisaille hardcore – au sens propre comme au figuré, le soleil ayant visiblement décidé de se sortir les doigts du cul pour la soirée – et on est combien devant? 20? Allez 30 à tout casser… Alors OK le système de paiement au dé, c’était pas franchement l’idée du siècle, mais il y avait marqué « prix libre » sur l’affiche, donc vous ne pouviez pas savoir, donc pas d’excuse.

affiche ultra zook

  • Ultra Zook : Surtout que le commandant Fournier est tombé sur la boîte où la PJ Saint-Martin consigne toutes les drogues saisies lors de perquis’ diverses, et en a profité pour tout faire gober à Richard Galliano, avec son accordéon. Résultat, voilà que notre jazzman national nous tape un gros bad trip et passe sa nuit à vomir des arcs-en-ciel sur lesquels cavalcadent fièrement trois clermontois officiant au clavier, à la basse et à la batterie, tout en donnant parfois de la voix pitchée. « Pasta Diva », qui ouvre le set ou encore « Pisote ! » puisent en effet dans un registre très jazzy. Tout comme les cinq inédits joués ce soir-là, qui figureront sur le prochain opus du groupe, Epuzzz, avec trois « z ». Cependant, on ne saurait se borner à inscrire le disco-math-rock-jazz-world-synth-zouk des puydômois dans la continuité de Miles Davis (oui j’y connais rien en jazz, donc mes références sont quand même limitées). Sinueuse, instable, imprévisible, la musique d’Ultra Zook s’instille dans les méandres de votre cerveau pour aller titiller vos synapses, quelle que soit la forme qu’elle prend : qu’importe le cacheton, pourvu qu’on ait la perche. Sorte de caméléon stylistique, le trio se joue des étiquettes pour produire une bande-son foutraque se situant au carrefour des plaines semi-arides de la savane africaine, des dancefloors disco les plus groovy de New-York et de la jungle luxuriante peuplant les niveaux de la 2ème île sur Crash Bandicoot. Et comme si ce n’était pas assez barré, les auvergnats ont en plus décidé d’inclure à leur set (et bientôt à leur discographie si j’ai tout suivi) quelques chansons traditionnelles de leur contrée, réarrangées à leur sauce. Disons que c’est un peu comme bouffer une truffade aux acides. Si ces messieurs de la maréchaussée lisaient à tout hasard ces lignes, qu’ils se rassurent. Ce recours récurrent aux drogues de synthèse pour décrire l’univers d’Ultra Zook n’est que symbolique, qu’il s’agisse des musiciens ou de leur public : je doute que les plans alambiqués et les changements impromptus de signature rythmique émaillant les titres du combo puissent être exécutés par des mecs en pleine perche, comme j’imagine que la technicité et le manque de binarité caractérisant leur musique ne conviendraient pas vraiment à une assemblée sous trips. C’est vrai que le son et lumière à base d’ultra-violet proposé par le combo – qui montre qu’il n’y a pas besoin d’avoir les moyens de Punish Yourself pour faire une jolie scène – cultive un peu ce côté vrillé. Mais il met surtout en scène trois techniciens hyper-créatifs semblant super contents de faire partager leur musique à un public ; aussi réduit soit-il. D’ailleurs j’étais tellement dans le truc que j’en ai oublié de prendre des photos. Donc si vous voulez voir à quoi ça ressemble, la prochaine fois, déplacez-vous.

Epiq (Cette photo lumineuse vaut bien une licence CC0)

Epiq (Cette photo lumineuse vaut bien une licence CC0)

  • Epiq : Après Galliano bourré de cachetons, il semblerait que Johnny Clegg se soit pris une sacrée murge en compagnie de Steve Albini. Nettement plus rock que leurs prédécesseurs, le trio charento-manceau se nourrit lui aussi de mélodies ensoleillées pour créer un hybride afro-noise. Et c’est compréhensible quand on s’intéresse de plus près au CV du groupe. On retrouve déjà la section rythmique d’Headcases, qui officie désormais (notamment) dans Mars Red Sky côté batterie, et dans Gâtechien côté basse. Et les deux loustics se sont adjoints depuis peu les services d’un balafoneur? balafonier? balafoniste? afin d’assumer pleinement leurs penchants pour les rythmiques africanisantes, leur offrir des mélodies plus typées, renforcer les contrastes stylistiques de leur musique et soulager la loop station du bassiste. Projet ambitieux, contrat rempli. Habituellement peu amateur des fusions improbables qui tentent de marier des instruments n’ayant à première vue pas grand chose à voir, j’ai été agréablement surpris par la cohérence de l’ensemble. Le titre « Black Tamba » (pardon si j’écorche le nom) est ainsi l’occasion d’un jeu de question/réponse intéressant entre les musiciens. Concrètement, et même si je ne connaissais pas beaucoup les morceaux du groupe avant le concert, le balafon semble reprendre les parties mélodiques initialement jouées à la basse (sur « Epikutsi » ou « Une Epiq Formidable ») tandis que le tandem basse/batterie envoie quelque chose de plus brut de décoffrage. La basse respire les années 90, et puise dans le son noise/post-hardcore qui caractérise habituellement le jeu de Laurent Paradot dans la plupart de ses projets. La batterie se fait aussi plutôt rock, dans la même veine, mais n’en reste pas là et multiplie les plans (y compris à la double-pédale) sans avoir peur de changer de signature rythmique dans la seconde, modifiant ainsi radicalement l’ambiance d’un morceau en deux temps/trois mouvements. Parfois tranchant, souvent dansant, le worldcore des sartho-charentais devient plus brut et pêchu en live, tout en s’affranchissant de certains effets parfois superflus (notamment les pads électroniques qu’on peut entendre sur les enregistrements). On regrettera donc un set vite écourté en raison de l’arrêt du son vraiment tôt (j’imagine qu’on peut remercier pour ça ce connard de voisinage), mais on se consolera en se disant que c’est pas comme si le trio nous venait d’outre-Méditerranée, Epiq’après tout (fallait bien que j’en fasse un, c’est pas moi qui ai commencé), vu la pêche et la banane des mecs, ils repasseront à n’en pas douter par chez nous bien assez tôt.

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