[Récit de concert] 15/05/2014 : The Toy Dolls + Les Crétacés @ West Rock

Suite et fin de notre mini-tournée des salles picto-charentaises. Après du metal français à Diff’art et du noisecore made in Japan à la Nef, place aux vétérans du punk anglais qui passaient par Cognac et ses anciens abattoirs pour nous livrer une prestation dont la qualité a fait toute leur réputation. La faune à crête et docks coquées des environs s’était donc donnée rendez-vous sur les bords de la Charente, pour investir une salle quasi-neuve dont la rénovation a du mal à laisser croire que le bâtiment aujourd’hui très cossu servait autrefois à démembrer du goret. Ce soir, les schlags du coin pogoteront donc sur de la moquette, sous une belle charpente en bois et décompresseront dans des canapés en cuir.

  • Les Crétacés : Les punks saintongeais ouvrent la soirée à l’heure, et comme je me suis un peu perdu dans le centre-ville huppé de Cognac, je rate quelques morceaux. Mais les habitués de West Rock ont cependant l’air au courant de la ponctualité de la salle, qui est déjà bien remplie lorsque j’arrive. Et elle le restera durant la totalité du set. Ce qui peut paraître assez étonnant tant la musique des Crétacés n’invite pourtant pas à s’éterniser. Alors certes, c’est plein de bonnes intentions, et ça vaudra toujours mieux qu’un groupe de RAC. Mais bon, les groupes estampillés FA, ou No Pasaran, ça tourne souvent en rond. Pas manqué, puisque les thèmes gravitent assez invariablement autour des punks (mais des faux), des syndicalistes (mais des faux aussi), et puis certainement des flics, des fascistes, des bourgeois et de la bière (j’imagine, je me rappelle plus…). Avec une petite originalité quand même : les ennemis des Crétacés sont le plus souvent regroupés sous le terme générique « enculés » (ça par contre, je m’en rappelle bien). Bon, on n’est pas à une contradiction près, et puis les fers de lance du street punk antifasciste breton, Section Houblon Fracasse, chantaient déjà en leur temps « le fascisme, le racisme, c’est pour les pédés »…  Donc voilà, l’intention est (presque) louable, mais c’est un peu du vu et revu, et ce qui était certainement subversif à une époque, parait aujourd’hui assez inoffensif. Les paroles, le plus souvent chantées par le batteur, sont par ailleurs soutenues par un punk franchouillard plutôt classique (type les Sheriff ou les Cadavres) même si les tempos sont plutôt rapides et flirtent parfois avec quelque chose de plus hardcore qui m’a un peu évoqué Poison Idea par moment. Bref, pas de quoi emballer un public pourtant assez nombreux. A part le junkie du premier rang visiblement au sommet de sa perche, qui commence déjà à solliciter le service de sécurité par sa façon de danser un peu agressive, à l’image de ses apostrophes au groupe qui a tendance à s’éterniser entre les morceaux. L’humour et l’auto-dérision dont ils feront preuve dans ces moments-là seront d’ailleurs les seuls vrais points forts de leur set. Mais bon, ça ne fait pas tout, et j’étais pas venu voir un spectacle de Dany Boon non plus…

https://i2.wp.com/www.punksnotdead.fr/wp-content/uploads/2014/05/%C2%A9-Anthony-Arnaud-3981.jpg

Les Crétacés (Source photo : Punksnotdead.fr | Crédits photo : Anthony Arnaud)

  • The Toy Dolls : J’étais pas non plus venu voir les Crétacés : si j’ai fait la route, c’est pour les « légendes » du punk anglais, emmenées depuis 1979 par Olga, gringalet de 52 balais à la voix d’helium qui sent bon la prise massive et adolescente d’acides. Déjà vus lors de l’édition 2013 du Hellfest en configuration festival – donc pas forcément la meilleure sur le plan du son et de la durée de set – les britanniques avaient juste foutu le feu à la fosse, sachant que le bassiste avait en plus une jambe dans le plâtre… Mais dès le thème d’intro, succédant à une version un peu flappy du Beau Danube Bleu de Strauss, le trio apparaît bien en forme, sur ses deux pattes, et Olga arbore un mohawk rouge pétant du meilleur effet. Dès les premiers morceaux (« Cloughy Is A Bootboy », « Bitten By A Bed Bug »), le pogo démarre et ne s’arrêtera que pendant la pause guitare/voix sur « Olga I Cannot ». Les premières petites chorégraphies apparaissent rapidement, en même temps que la bave qui dégoulinera du menton du leader pendant toute la soirée. Elles annoncent un show travaillé, où le punk devient une science exacte. Et en effet, le spectacle est parsemé de jets de confettis – notamment sur « The Lambrusco Kid » et sa bouteille géante – les musiciens tombent l’uniforme petit à petit à des moments choisis du set, qui se finit en apothéose avec deux rappels (l’un avec « When The Saints » et « Dig That Groove », le second avec « She Goes To Finos ») et un lâcher de ballons à l’effigie du logo du groupe. Un final que ne verra pas l’excité du premier concert mentionné plus haut, puisque visiblement englué dans les pires affres d’une descente le faisant ressembler à un zombie, celui-ci finira éjecté par une résurgence du pogo, directement la gueule dans la scène, et devra quitter la salle en sang sous le bras de sa copine.

https://i1.wp.com/www.punksnotdead.fr/wp-content/uploads/2014/05/%C2%A9-Anthony-Arnaud-4144.jpg

The Toy Dolls (Source photo : Punksnotdead.fr | Crédits photo : Anthony Arnaud)

Copine qui aura passé tout le concert à essayer de faire slammer les gens qui passaient à sa portée (oui, c’est le premier concert de ma vie où je me suis fait jeter de force sur scène pour en sauter…). On aura donc eu droit à un pit parfois un peu violent (saloperies de docks coquées…), qui ne se calmera pas vraiment malgré les moments de fraternitude qu’appellent les nombreux tubes des Toy Dolls (« Nellie The Elephant », « Dougy Giro », « Harry Cross », « Alec’s Gone », « My Girlfriend’s Dad’s A Vicar ») et qui donnent plus envie de gueuler les refrains en choeur que de foutre des coups de saton dans tous les sens. A l’intersection de la oï! braillarde, de la chanson à boire irlandaise et de la fulgurance du punk-rock, les anglais, tout en démontrant une maitrise implacable de leurs instruments (notamment Olga avec ses soli bien sentis distillés ça et là, et son adaptation hallucinante du « Taccata » de Bach), n’oublient pas pour autant d’injecter une grosse dose de fun dans leurs concerts, afin d’en faire de véritables moments de teuf. Marque de fabrique du combo depuis plus de 30 ans, le show Toy Dolls® c’est donc environ une heure et demie de bonne humeur, de gros smile communicatif fidèle à celui qui orne le backdrop derrière la batterie, de sueur et de bleus dans les côtes, qui fout la patate à un public dont l’âge oscille entre 10 et 60 ans. Si j’étais pas de nature aussi aigrie, ce genre de spectacle me ferait presque dire que le punk n’est pas mort. Mais ce serait oublier que pour un groupe comme les Toy Dolls, il faut en compter cent comme les Crétacés…

https://i0.wp.com/www.punksnotdead.fr/wp-content/uploads/2014/05/%C2%A9-Anthony-Arnaud-4077.jpg

The Toy Dolls (Source photo : Punksnotdead.fr | Crédits photo : Anthony Arnaud)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :