[Récit de concert] 14/05/2014 : Melt-Banana + Vengeance + Miss Arkansas 1993 @ la Nef

Après Parthenay, on continue notre tournée des popotes du Poitou-Charentes avec une soirée à la Nef. Et plus précisément la soirée d’ouverture du Spiderland. Sorte de fête de fin d’année de la salle angoumoisine, le festival – comptant quasiment 40 groupes de plein de styles différents à l’affiche – devait s’étaler sur quatre jours, inclure deux barathons en centre-ville, et rendre épileptique n’importe quel habitant de la capitale charentaise ou ses environs ayant des goûts musicaux identiques aux miens. Ayant une semaine chargée (avec un concert à Cognac le lendemain, le compte-rendu arrive), il a donc fallu faire un choix. Celui-ci s’est porté sur la date d’inauguration et le concert de Melt-Banana, groupe japonais qui ne passe quand même pas tous les jours en France. Enfin, quand je vois les images de la soirée de clôture, j’ai quand même un peu les boules de pas avoir poussé ma bagnole et ma carcasse à faire 700 bornes en quatre jours.

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(Source image : Événement Facebook)

  • Miss Arkansas 1993 : Comme d’habitude à la Nef, ça commence bien à l’heure et je rate le début du one-man-band qui ouvre la soirée. Et comme d’habitude à Angoulême, on se retrouve devant Zorro du Cul, qui était déjà partout au Foff de janvier (avec son groupe Stop II ou en DJ set). Cette fois-ci c’est en solo avec sa guitare, son mac et ses pédales d’effet. La recette est assez simple puisque la boîte à rythme se lance, suivent alors quelques accords qui sont joués avec plusieurs effets successifs, et parfois, un peu de chant vient s’ajouter à cela. Je dis bien « parfois » et « un peu », puisque la voix très typée post-rock de Zorro du Cul restera finalement un des seuls points forts du concert. Passée la boîte à rythme, qui donne un côté un peu indus plus ou moins dansant à l’ensemble, ne restent alors qu’un ou deux plans de gratte tout droit sortis des années 70 (très inspirés de choses comme Métal Urbain ou The Undertones) qui tournent en boucle avec pour seule variation des disto différentes qui se succèdent ou s’additionnent de façon souvent peu opportune. Les morceaux sont assez longs, on sent bien que Miss Arkansas 1993 essaie de les construire comme une montée en puissance, mais ça ne prend pas. Les changements sont (trop) abrupts, n’ont pas beaucoup de cohérence et semblent juste servir à l’emploi des nombreuses pédales disposés par terre. Si on ajoute à cela le fait que la boîte à rythme fait en plus des siennes, on obtient un set plutôt bancal de bout en bout. Donc un conseil : si vous voulez voir Zorro du Cul dans un projet vraiment très bon, tentez plutôt Stop II.

Miss Arkansas 1993 (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Miss Arkansas 1993 (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Vengeance : Honneur à la scène angoumoisine cette fois-ci, avec un groupe du cru qui joue ce soir à la Nef pour la 2e fois en moins d’un mois, puisqu’ils ont déjà ouvert pour Napalm Death à la mi-avril avec plein de leurs petits copains grindeux (Atara, Grünt-Grünt et Yattaï) dans une « battle » que j’imagine assez mémorable. Cependant, à l’écoute des quelques productions de Vengeance disponibles sur le net, le groupe semblait s’éloigner de quelque chose de purement grind, pour incorporer – bon, tout en restant très crust, hein – divers éléments hard/fastcore, powerviolence, voire même un peu de sludge, ce qui ne pouvait être que réjouissant. Une originalité renforcée par le fait que le combo compte deux vocalistes et que ce duo est mixte, de surcroît. Seulement voilà, on peut parfois trouver un fossé entre un enregistrement et le rendu live. Et c’est un peu ce qui s’est passé pour ce set. Bon, à la décharge du quintet charentais, il faut dire que le son était clairement mauvais et ne leur rendait pas du tout service. La guitare ne filtrait par exemple que dans les rares moments d’accalmie, lorsque le tempo ralentissait, et il était impossible de distinguer les accords dans les moments de blast où la grosse caisse engloutissait tout. On en vient donc au deuxième point noir de ce concert : quel manque de relief ! On a justement eu droit à 20/30mn de blast, sans beaucoup de variations – qui semblaient pourtant bien présentes sur les démo et splits du groupe – et donc sans grande inspiration. Un set en forme de torrent de gros son, assez informe et indigeste dont on a pu percevoir les intentions brutales mais difficilement y être réceptif. Et de fait, malgré un accueil chaleureux du public entre les premiers titres – rappelons que le groupe jouait à domicile – l’ambiance s’est peu à peu essoufflée jusqu’à devenir assez froide sur la fin. Il faut dire que sur scène, le combo lui-même n’est pas vraiment déchainé et reste assez statique. Et c’est peut-être là finalement, le nœud du problème : une scène un peu trop grande pour Vengeance, où chaque musicien fait son truc dans son coin. Malgré une bonne entente entre le duo de chanteur-euse, qui ont placé quelques jolis passages de question/réponse, l’ensemble est resté assez inexpressif et a eu de quoi laisser de marbre un public un peu dispersé, ce qui n’arrangeât rien à l’ambiance. Je vois assez facilement ce que pourrait donner un tel set dans un petit rade ou un squat, où la scène est plus étroite, la fosse plus exigüe, et où l’énergie circule un peu mieux. Je serais par exemple assez curieux de voir ce que donnerait le groupe dans la cave du Zinc. Je suis certain que j’aurais alors plein de bonnes choses à en dire. Ce ne sera malheureusement pas le cas pour leur prestation à la Nef. Dommage !

vengeance

Vengeance (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Melt-Banana : Une fois achevés ces deux concerts m’ayant un peu laissé sur ma faim, autant dire que j’attendais les tokyoïtes les fesses serrées, et en espérant qu’ils parviendraient à eux seuls à relever le niveau d’une soirée qui en manquait pour le moment cruellement. Il faut dire que Fetch, leur dernier album en date, défendu sur cette tournée européenne, ne m’avait lui-même pas forcément convaincu à sa sortie. Bon, ce n’était de toute façon pas ce jugement à chaud qui allait m’empêcher de faire la route, mais j’avais depuis un peu ravisé mon jugement, et puis sur le fly, y’avait marqué « best live band ever », donc je n’avais pas de raison de rester chez moi. Dès les premières mesures de « Spathic », le ton fut donné, à tous les niveaux. Les meilleurs comme les moins bons. Éludons donc d’entrée la question du son – alors que ce n’est pourtant pas dans les habitudes de la salle charentaise – qui aura donc été vraiment mauvais de bout en bout mais n’aura pas inquiété le sondier outre mesure, puisqu’il roupillera derrière sa console pendant la majorité du concert. C’est un peu con, puisqu’outre une brusque augmentation du volume durant le pont de « Blank Page Of The Blind « , on aurait parfois *vraiment* bien aimé entendre la voix de la chanteuse. D’autant plus que Fetch, un peu plus que les précédents opus, voit Yasuko, outre ses aboiements habituels, explorer des lignes de voix plus mélodiques (« My Missing Link », « Schemes Of The Tails ») entrant souvent en dissonance avec la guitare.

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Melt-Banana (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Après, reconnaissons aussi que Melt-Banana se produisait ce soir en duo, et que seules la voix et la gratte étaient exécutées live. Un(e) bassiste n’aurait vraiment pas été de trop tant les samples ne semblaient pas franchement de très bonne qualité. En revanche, la façon dont ils étaient lancés donnait vraiment une originalité visuelle au show. La chanteuse disposait en effet d’une espèce de PSP lumineuse lui permettant de faire démarrer la boîte à rythme et différents bruitages dans de grands gestes majestueux et très « manga » dans l’esprit (hop, +1 point en stéréotype raciste), afin d’être synchro avec son compère six-cordiste. Caché derrière son masque de protection respiratoire – marque de fabrique du groupe – celui-ci maltraitera sa Gibson durant tout le concert et prouvera à tout le monde que la guitare peut être un instrument qui se joue à quatre membres : deux mains et deux pieds. Redonnant tout son sens au mot « shoegazing », le jeu d’Ichirou offre une place prépondérante aux pédales d’effet avec lesquelles il jongle en permanence pour retrouver ce son distordu, trituré, qui a fait l’identité du combo et qui est fidèlement restitué en concert. Point d’orgue de ce jeu épileptique : un break complètement pété en plein milieu du set, où « eight short songs » (30 secondes maximum : « We Love Choco-Pa », « T For Tone », « His Name Is Mickey ») sont jouées à la chaîne, simplement introduites par « Thank you, the next one’s called… », et dont l’intensité bruitiste ferait pâlir n’importe quel groupe de grind. Enfin, pas de quoi émouvoir l’assistance, qui restera globalement de marbre, et fera l’objet d’un « Public de merde ! La Charente c’est de la merde ! » fort à propos, qui résonnera dans une salle désespérément loin d’être remplie. Au moins six pictaviens avaient pourtant fait le déplacement, en plus de sept basques venus exprès de San Sebastian, qui pour le coup ne voulaient pas avoir fait le chemin pour rien mais se trouvèrent bien seuls à répondre par le geste au noisecore du duo japonais.

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Melt-Banana (Crédits photo : CC BY-NC-SA par Jö)

Oui, « noisecore ». Ce sera sans doute trop réducteur pour décrire la musique de Melt-Banana, qui prend en plus une autre dimension quand elle est jouée en direct. Si les tokyoïtes puisent en effet largement dans l’énergie du hardcore (« The Hive », « Cat Brain Land », « Chain-Shot To Have Some Fun »), ils incorporent également des éléments plus groovy (« Shield For Your Eyes, « Lie Lied Lies ») et surtout des rythmiques drum’n’bass (« Candy Gun », « Left Dog (Run, Caper, Run) »). Toutes ces influences s’entrechoquent via des changements de tempo vertigineux, sans que ne s’éclipse, de façon plus commune à l’ensemble du travail du groupe, un côté très électro. On a souvent tendance à associer les japonais à la scène rock (au sens large), mais je suis certain – et la dimension que prennent les effets de guitare et les samples lancés par la chanteuse en concert amplifient cette sensation – que le combo aurait toute sa place au beau milieu d’une soirée hardcore, au sens électronique du terme (avec des groupes comme Atari Teenage Riot, par exemple). Je sais que les compères qui m’accompagnaient ce soir-là ne sont pas d’accord avec ça. Beaucoup des innombrables lecteurs de ce webzine ne le seront certainement pas plus. Mais il me semble que le grand journalisme que je représente se doit de dire ces choses-là haut et fort, tant pis si ça dérange؟  Maintenant c’est bien beau de finir sur ces conneries, mais que ça ne fasse pas non plus oublier le fait que même si la soirée aurait pu être perfectible d’un point de vue artistique, le public local aurait quand même pu offrir un meilleur départ à l’excellent Spiderland, à qui je souhaite longue vie et prospérité…

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