[Récit de concert] 03/05/2014 : Gorod + Hacride + Zapruder + La BaTuk @ Diff’art

La salle Diff’art de Parthenay programme environ un concert toutes les deux semaines, et force est de constater que les groupes qui y jouent ne sont généralement pas dégueulasses dans leur genre. Après une soirée hip-hop et Odezenne en tête d’affiche, l’asso deux-sévrienne nous concoctait en ce 3 mai une soirée metal avec pas moins de quatre formations, pour le moins différentes. Attiré par l’affiche, mais également curieux de voir à quoi ressemblait cette salle ayant acquis une sacrée renommée au fil des ans, je décidais, flanqué de deux compères (dont un ingénieur-philosophe), de franchir la frontière vienno-deux-sévrienne pour prendre part à la soirée.

(Source image : Événement Facebook)

  • La BaTuk Zapruder : Ce sont finalement les poitevins qui ouvrent le bal. Déjà vus lors d’une espèce de fête étudiante chelou à la fac de Lettres, les conditions (heure tardive + son à chier) n’étaient pas vraiment réunies pour prendre toute la mesure de leur post-hardcore. Ayant largement fait leurs preuves à travers leur excellent EP Straight From The Horse’s Mouth (sold out et en téléchargement gratos, la classe), restait à voir si la créativité du groupe passerait l’épreuve des planches. Et on peut dire que le cocktail fonctionne plutôt bien ! Alors certes, ça se prend un peu au sérieux sur scène, notamment le chanteur qui peut parfois en faire trop, mais chaque chose est à sa place, et on retrouve la fureur maîtrisée se dégageant du premier effort du combo. Servi par un son très correct, le set ne s’arrête pas à un passage en revue des titres déjà connus, et alterne avec des morceaux inédits. Ces derniers reprennent la recette de l’EP et accentuent les points forts : on retrouve une base bien hardcore, et de plus en plus chaotique, tandis que le saxophone, déjà présent sur « Lost In Vegas », prend une place davantage importante pour calmer le jeu lors de passages plus posés. Tantôt planants, tantôt plus bourrins, les inédits s’imbriquent très bien parmi les anciens morceaux. « Mt. Fuji In Red », pièce centrale de Straight From The Horse’s Mouth, est ainsi parfaitement amené par le final complètement bordélique d’un des nouveaux titres, qui s’éteint pour laisser place à sa lente montée introductive, quoiqu’un peu gâchée par un lâcher de baguette. Cependant, l’envolée vocale atmosphérique de Quentin (guitariste du groupe), est parfaitement conforme à la version enregistrée du morceau et, en plus d’être particulièrement belle, renforce le côté post-rock du groupe, en contrastant avec les hurlements du chanteur principal. Zapruder, malgré un public encore un peu clairsemé, a donc offert une prestation parfaitement à la hauteur ce qu’ils nous avaient livré sur leur EP, tout en nous livrant un teaser alléchant de ce qui composera leur premier album à venir dont l’enregistrement devrait commencer en juillet. Vivement la release party !

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Zapruder (Crédits et source photo : Shooting RAW)

  • La BaTuk Hacride : Toujours pas de Batuk à l’horizon. Ce sont donc les membres de la Klonosphère qui prennent la suite, et viennent clôturer une tournée européenne d’environ un mois afin de défendre leur dernier album, Back To Where You’ve Never Been. Un album ayant occasionné un important changement de personnel, puisque Florent Marcadet (officiant dans Klone et Step In Fluid) reprenait les baguettes, tandis que Luiss Roux (Sinscale, Food 4 Worms) remplaçait Samuel Bourreau au chant. J’aurais bien aimé comparer ces deux vocalistes, mais la seule fois où j’ai pu voir Samuel au chant, c’était pour les 10 ans de la Klonosphère, et le son était tellement pourri que je n’ai pas pu me faire d’avis satisfaisant. La seule chose que je pourrai donc dire, c’est que les quelques morceaux issus de Lazarus et Amoeba joués à Diff’art (« Perturbed », « On The Treshold Of Death », « Act Of God », « My Enemy »), auront permis à Luiss de montrer toutes ses qualités en chant gueulé. Je l’ai en revanche trouvé un peu poussif sur les passages en voix claire, où il faut dire que Samuel excellait largement. De façon générale, ces anciens titres n’auront de toute manière pas bénéficié d’un son correct, davantage calibré pour les morceaux du dernier album (« Strive Ever To More », « Synesthesia », « Overcome », « Edification Of The Fall »). Car, de ce côté-là, on peut dire qu’on aura eu droit à une copie quasi-conforme des versions enregistrées. Sans bavure, avec un son parfait. Sur le devant de la scène, Luiss se fait frontal, et confirme dans l’attitude l’aspect hardcore de son chant. Mais c’est réellement Florent qui retient l’attention, d’abord parce que ses parties de batterie sont excellentes et pleines de nuances (bien servies par un son décidément très bon, quelle caisse claire…), mais aussi parce que visuellement – alors qu’il est un peu en retrait derrière les panneaux latéraux où s’affichent l’artwork du dernier album – il fait indéniablement le taf et captive l’attention. Globalement, le concert d’Hacride aura été à la hauteur de leur réputation : c’était carré, rôdé, conforme à ce qu’on peut attendre d’un groupe désormais habitué à sillonner les routes d’Europe. Le public ne s’y est pas trompé et aura tenté de faire honneur au metal du groupe, à renfort de pogos et de circle pits assez dégarnis. Bon, ce n’était peut-être pas la façon la plus évidente de réagir au death progressif du combo, dont l’intensité évoque davantage quelque chose de profondément émotionnel plutôt que simplement violent, mais ç’a eu le mérite de montrer un certain engouement pour la prestation d’un groupe qui ne l’a franchement pas volé.

Hacride (Crédits et source photo : Shooting RAW)

Hacride (Crédits et source photo : Shooting RAW)

  • La BaTuk : Cette fois-ci, c’est la bonne. La musique d’ambiance qui tourne depuis la fin du concert de Zapruder laisse enfin place à celle des percus. Déjà vu chez Zo Prod, le groupe a un peu évolué. Il s’appelait à l’époque « la Batukrada » et évoluait sur une structure bien plus simple que celle installée sur le parvis de Diff’art. A l’époque, il s’agissait d’un simple assemblage de fûts, de cymbales, d’objets divers + une guitare et une basse. Désormais, les six musiciens jouent dans un grand cadre métallique, bien plus imposant, avec un gros bidon pendu au-dessus de leurs têtes et des lumières intégrées au tout, qui sont du plus bel effet. En ce qui concerne la musique, ce qui est développé ici est aussi singulier que le cadre général. On pourrait qualifier ça d’indus-thrash. Les percus, élément central de la performance, donnent un aspect martial, tribal à l’ensemble, et appuient un trio basse-guitare-chant des plus crado. Les cymbales, complètement déglinguées, sont placées au milieu et partagées par les trois percussionnistes, tandis que chacun se spécialise dans un type de fût: un se charge de la grosse caisse, le deuxième de la caisse claire et le troisième des toms. Alors certes, ce n’est pas forcément le côté purement musical qui est intéressant ici (je me verrais pas forcément écouter ce qu’ils font sur ma platine), mais l’originalité du projet, l’aspect visuel du spectacle (avec, au risque de me répéter, des lights vraiment jolies) font vraiment de la Batuk un truc à ne pas rater. On regrettera d’ailleurs une prestation un peu courte, et un ou deux morceaux n’auraient pas été de trop. Je ne sais pas si le sextet a prévu de tourner cet été, mais c’est clairement le genre de show qui contribuerait à rendre les festivals d’arts de rue un peu moins fades, en y incluant un peu de gros son bien crasseux.

https://i0.wp.com/www.shooting-raw.com/wp-content/gallery/batuk/sans-titre-528.jpg

La BaTuk (Crédits et source photo : Shooting RAW)

  • Gorod : Introduits en grande pompe par un speaker, les bordelais arrivent finalement complètement à la bourre sur scène, histoire de bien faire tomber l’annonce à plat. On aurait pu, en étant un peu nazi tatillon, prendre ça pour un signe de désintérêt de la part du groupe. Mais cette déduction aurait de toute façon été immédiatement balayée par l’attitude du quintet sur scène, qui arbore un sourire jusqu’aux oreilles, et affiche une bonne humeur n’ayant d’égal que leur niveau de jeu. Gorod développe un brutal death ultra-technique. C’est pas forcément mon genre, mais il est quand même difficile de rester de marbre devant la performance des musiciens, dont la maîtrise des instruments frise le trouble mental. Je me demande ce qui peut passer par la tête de ces mecs pour qu’ils sortent des plans aussi tordus. Ça blaste dans tous les sens, les guitaristes déclenchent des déluges d’accords et d’arpèges qui sortent des grattes à sept cordes (signées du nom du groupe) et de la basse à cinq cordes à moitié fretless (jamais vu ça), et côté chant, le frontman assure l’ensemble des types de chant (growlé, hurlé, clair) sans forcer. Comme pour Hacride, le set est hyper cadré, on sent que le combo a l’habitude de la scène, et s’y sent bien. Le show est tellement préparé que le groupe se permet une petite présentation de chacun des membres sur un énième passage bien groovy qui les rapprochait presque de Trepalium. Chaque interlude est l’occasion pour le chanteur de remercier chaleureusement le public, et de l’inviter à se bouger, ce pour quoi les lycéens présents ne se font pas prier. On m’avait prévenu, Gorod sur scène, ça bute. C’est vrai que leur musique n’est pas forcément super accessible, et assez indigeste tant elle est technique. Mais les rater s’ils passent près de chez vous serait une belle erreur : des mecs qui ont une telle banane et affichent un tel plaisir d’être sur scène, c’est communicatif, peu importe le style développé. Je sais pas pourquoi, mais je sens que c’est typiquement le genre de groupe avec lequel on passe des afters assez inoubliables.

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Gorod (Crédits et source photo : Shooting RAW)

 

 

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