[Récit de concert] 20/04/2014 : Salut c’est cool + Cobra @ Confort Moderne

Ça arrive parfois – on sait pas trop ce qui passe par la tête des programmateurs – une soirée peut réunir des groupes qui n’ont pas grand chose à voir et drainent des publics différents. Le Confort Moderne se vit donc investi en ce dimanche pascal par une petite foule comprenant d’un côté des amateurs de wock’n’woll à l’ancienne, et de l’autre un échantillon de ce que les lycées du coin comptent de mecs tellement décalés qu’ils sont cap’ d’aller à la friperie pour se saper en mode trop délire. Évidemment, ce qui lie Cobra et Salut c’est cool, c’est un second degré évident et une exploration de ce que leurs genres musicaux comptent de plus kitch. Ce 20 avril, c’était un peu la soirée WTF de la saison. Restait juste à savoir si le double effet Kiss Cool allait réellement prendre.

(Source image: Événement Facebook)

  • Cobra : « Poitiers, terre de Chouans ! Poitiers, ville de marins ! Poitiers, cœur de la Bretagne ! » D’entrée de jeu, succédant aux percussions tribales d' »Hexamide », le discours des sudistes dérange. Stupeur et malaise parmi les plus jeunes du public. « Poitiers? En Vendée? N’importe quoi ! » n’hésitent-ils pas à faire remarquer. Mais c’était sans compter sur l’incroyable force de persuasion des sudistes. Comment résister à de tels gaillards qui arborent des poignets de force, qui crient très fort et qui roulent en 4×4, d’autant plus lorsqu’ils ont raison? Personne. La preuve? Qui pour protester lorsqu’ils expliqueront que les gens qui portent des colliers de perles ce sont des pédés, et que la plupart d’entre eux se cament et viennent dépouiller les gens dans des concerts? Personne. Ha c’est sûr que c’est nettement moins consensuel que les Bérus, auxquels Cobra est parfois comparé. Même si les deux groupes ont une aversion commune pour la taule et adoptent un schéma guitare/voix/boîte à rythmes, leur côté metal-rock-hard de loubards les rapprocherait plus de Trust, avec davantage de drogue et de haine envers la société. Mais le parallèle s’arrêtera là.

Cobra (Crédits et source image : Confort Moderne Photographe : Yvain Michaud)

Car bien loin des avatars de la bien-pensance gauchisss’, les grassois, tout en puisant dans leurs différents opus (Les Clefs de l’Inquiétude, Le Pont des Extrêmes, Involution) savent nous livrer une analyse fine des problèmes qui rongent notre civilisation (« Pédés et Drogués », « La Balance ») sans oublier de dessiner les contours de ce que serait le monde sous le règne du Cobra : violence purificatrice, destruction des figures déiques traditionnelles au profit du seul visage de Satan, politique sociale de la jeunesse à base de drogues diverses (vous prenez « C’est l’Enfer Ici », « Des Lieux Associatifs Pour Les Jeunes », « L’Auberge de la Dernière Chance », « Fils du Cobra » et vous reliez aux points précédemment cités). Et si vous n’avez toujours pas compris c’est quoi le plan, sachez que le groupe fait preuve de beaucoup de pédagogie. Outre les images diffusées en fond pour illustrer les textes du frontman, un rappel est prévu afin de synthétiser l’ensemble du propos par l’intermédiaire du tube de leur dernier album, « Nihilistes ». Y compris lorsqu’il fût question d’amour (« Ma Chérie », music by Floorfilla, lyrics by Bertrand Cantat), les fils conducteurs de ce set auront donc été la violence, l’outrage, la rage. Des sentiments matérialisés par les tonnes de watts se déversant des amplificateurs à 15000 boules, la disto des guitares américaines, et les hurlements d’une version hardos de Cadillac. Un concert de Cobra, c’est donc une synthèse de ce que toute une jeunesse désenchantée peut offrir à cette société de merde : un projet socio-culturel de grande envergure, basé sur une hygiène de vie au top, une conception du vivr’ensemble au poil et un cadre spirituel au firmament.

Extraits de la soirée (Crédits vidéo : TimNoWear)

  • Salut c’est cool : Changement de décor pour le set des vedettes des internets. Favorisant une communion autre que vestimentaire entre le groupe et son public, la scène plus intimiste du bar a été réquisitionnée pour ajouter un peu de proximité. Elle fût de fait très vite envahie par quelques dizaines d’adeptes de l’électro un peu débile des parisiens, ce qui confirmait l’aspect complètement bordélique annoncé par quelques teasers de leur tournée balancés sur les rézosocio. Franchement, ça me faisait plaisir de voir ce groupe après Cobra. Bon, j’étais pas non plus super raccord avec l’humour assez particulier du groupe, mais ça reste de l’eurodance un peu pourrave très 90’s, et à 4 grammes faut quand même avouer que ça passe bien. Genre c’est un peu le truc que tu mets quand tout le monde commence à être pété en soirée, pour que ça parte en sucette, et que tu cales entre un petit Kap Bambino et un morceau de Sexy Sushi (que je n’irai pas – comme certains de mes confrères du journalisme musical – jusqu’à à comparer à Salut c’est cool qui reste quand même un peu plus absurde et moins subversif). Mais tout à coup, sans crier gare, l’esprit vieux con s’est emparé de moi (j’ai pas dit l’esprit con, mais l’esprit VIEUX con). Bon, c’était déjà relou le fait qu’ils aient du mal à saisir le 2nd degré chez Cobra, mais là les lycéens bardés de fringues de pauvres moches parce que c’est marrant commençaient vraiment à être étouffants. Alors ok, je veux bien croire qu’une partie du public s’est sentie péter un câble au rythme de la techno du soir, mais je trouve que quelque chose sonnait aussi un peu faux. La surenchère des déguisements, qui faisait ressembler le public à une assemblée de cadres dynamiques d’il y a 20 ans, mais aussi à ceux qu’ils seront pour de vrai dans 20 ans. La surenchère dans le bordel qui a fait du concert le concours de celui qui monterait le plus de fois sur scène pour crier le plus de fois « 2014 ». Tout ça m’a paru un peu superficiel et pas très spontané. Enfin bref, je ne me sentais pas trop à ma place. Du coup, j’ai dû me barrer alors que « Merci Nature » était reprise en cœur par tout le monde, pour aller boire une petite bière. Je ne pourrai donc pas dire grand chose de plus sur ce deuxième concert si ce n’est que Salut c’est cool, c’est cool, mais son public… vite fait.

Salut c’est cool (Crédits et source image : Confort ModernePhotographe : Yvain Michaud)

 

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