[Récit de concert] 14/04/2014 : Amenra + Treha Sektori + Oathbreaker + Hessian @ Confort Moderne

Actuellement en pleine tournée européenne, nos voisins belges de la Church Of Ra – collectif musical mais aussi artistique au sens large formé autour des membres d’Amenra, tête d’affiche du soir – sont venus prêcher la bonne parole au Confort Moderne. Un peu moins de 200 fidèles s’étaient donc donnés rendez-vous pour assister aux messes successives qui devaient s’enchaîner ce soir-là. C’est assez peu, sachant que les concerts de metal attirent d’habitude pas mal de monde à Poitiers, et que l’affiche du jour comprenait des groupes souvent encensés par la critique. Et bien qu’évoluant dans des styles différents (hardcore, sludge, doom, drone), les quatre formations présentes sur scène se trouvaient tout de même liées par un projet artistique et quasi-spirituel commun.

(Source image : Kongfuzi)

  • Hessian : A ma grande surprise, ce n’est pas Treha Sektori qui débute la soirée. Pas vraiment amateur de drone, j’espérais m’en débarrasser rapidement avant de passer aux choses sérieuses. Mais ce sont des mélopées un peu plus vigoureuses que de l’ambient qui émanent de la salle de concert, et de fait, Hessian vient d’ouvrir les hostilités. On le verra plus tard, les vocalistes de la soirée ne sont pas du genre à s’afficher franchement sous les spots. A l’inverse, celui qui tient ici la scène nous livre une prestation plutôt frontale, déterminée, pas forcément mise en valeur par un éclairage plutôt bâclé. En revanche, côté son, la voix se démarque bien du torrent qui nous est balancé en travers de la gueule. Je savais à quoi m’attendre niveau brutalité, ayant vaguement jeté une oreille à Manegarmr, le dernier opus du combo. Par contre, certains éléments que je n’avais pas forcément saisis sont ressortis en live de façon assez flagrante. Hessian repose sur une base hardcore assez classique, qui est plus évidente en concert et fait appel à des structures assez répétitives : un gros break de batterie d’entrée, parfois un peu de blast, un passage rapide et un final plus lourd, massif. A part un trois ou quatrième morceau doomesque (« Father Of Greed » peut-être?), peu de titres dérogeront à ce schéma. Mais ce qui est le plus frappant à mon sens, est le côté sludge (et non black, comme je m’y attendais) qui vient s’entrechoquer avec le hardcore des belges. La disto boueuse, quelques plans ralentis vraiment massifs et la voix qui s’y ajoute ne sont pas sans rappeler certains Crowbar. Dans une veine peut-être un peu plus classique, et moins singulière que le reste de l’affiche, Hessian développe néanmoins un hardcore qui sait sortir des sentiers battus et nous aura surtout offert une prestation franchement musclée.

Hessian (Crédits et source image : Confort Moderne)

  • Oathbreaker : Partageant avec Hessian son bassiste, Oathbreaker est un groupe de metal hardcore présentant la particularité (trop) peu répandue d’avoir un chant féminin. Du coup, vous voyez Walls Of Jericho? Hé ben ça n’a rien à voir. Oubliez les moshparts à grand renfort de double-pédale et les successions de power chords. Loin des stéréotypes du hardcore moderne qui font du style une succession de groupes souvent assez similaires et peu différenciables, Oathbreaker est fortement teinté de black metal et dans une moindre mesure de post-rock. S’il tient beaucoup de la fureur se dégageant des hurlements stridents de la frontwoman, le côté blackisant du quatuor flamand est aussi à mettre sur le compte de la dissonance caractérisant les arpèges dégoulinant de la guitare. Malheureusement, la qualité limitée du son ne nous aura pas vraiment permis d’en profiter, la basse étant vraiment mise en avant. Même constat pour les passages en voix claire : noyés sous les autres instruments et même parfois recouverts par des gros larsens, impossible de les distinguer (un peu comme le visage de la chanteuse qui restera masqué pendant tout le concert sous ses cheveux). Imparable sur leur album Eros|Anteros (dont la plupart des titres de la setlist étaient issus, à l’exception de « No Rest For The Weary », dommage j’aurais pas craché sur « Hierophant » ou « Fate Is Nigh ») l’enchaînement « As I Look Into The Abyss »/ »The Abyss Looks Into Me » en a donc pris un sacré coup puisque les couplets du deuxième titre étaient amputés de la voix… Pareil sur « Agartha ». Une bonne partie de ce qui fait la force d’Oathbreaker a donc été un peu gâchée par une qualité de son pas forcément au rendez-vous, mais quoiqu’il en soit, le groupe reste quand même impressionnant à voir sur scène, tant la froideur scénique des quatre membres appuie l’aspect ténébreux de leur musique. Moins frontal qu’Hessian mais quand même bien frontal, moins torturé qu’Amenra mais quand même bien torturé, ce set oscillant sans cesse entre tempo hardcore, atmosphères post-rock et violence glaciale black était tout trouvé pour faire la transition.

Oathbreaker (Crédits et source image : Confort Moderne)

  • Treha Sektori : Bon, c’était sans compter sur la prestation un peu « cheveu dans la soupe » du one-man-band de la soirée, qui a pour le coup un peu remis les choses à plat. Partageant avec le reste du collectif Church Of Ra une identité esthétique fondée sur le corps en souffrance ou les éléments naturels, Treha Sektori se démarque néanmoins des autres groupes de la soirée par une approche plus singulière, expérimentale. Pas question ici de guitares et de batterie : un ordi, une mixette et un micro suffisent à développer des ambiances basées sur une voix triturée et des bruitages de fond, le tout appuyé par des captations vidéo diffusées sur grand écran. Si je ne peux que saluer la qualité esthétique de ce qui nous a été offert (les images, pour certaines vraiment belles et puissantes, n’étaient pas balancées un peu au hasard pour habiller le drone diffusé, mais réellement imbriquée aux ambiances sonores travaillées), je dois aussi dire que je ne suis pas forcément réceptif à ce genre de spectacle, parfois un peu surfait à mes yeux (c’est pareil pour la majeure partie de l’art contemporain en fait). Du coup j’ai pas tenu plus d’un quart d’heure et ai préféré aller siroter une mousse. Option visiblement choisie par pas mal de spectateurs, parfois moins tendres que moi concernant ce qu’ils venaient de voir. On retiendra, pour synthétiser, cette implacable sentence : « si je veux voir un film, je vais au CGR ». Erreur : il vaut mieux aller au Dietrich.

Treha Sektori (Crédits et source image : Confort Moderne)

  • Amenra : Puis vint le temps de la tête d’affiche. C’était d’autant plus évident que le public s’est pour le coup fait plus nombreux et s’est directement massé au pied de la scène, pour être au plus près de la cérémonie. Bon, pour être clair, étant généralement *très* friand de rythmiques rapides, j’étais plus venu ce soir là pour Oathbreaker (dont on retrouve ici le guitariste, aux côtés de celui de Hessian, qui tient cette-fois la basse). Bien qu’appréciant Amenra, j’ai toujours tendance à me lasser assez vite des tempos doomesques. Mais le quintet flamand est entré sur scène, et puis j’ai été happé… Tout dans ce set s’imbriquait parfaitement pour créer un effet totalement hypnotique : la lourdeur des tempos, les riffs répétés à l’infini, les images diffusées en fond, la puissance du son… Et j’en oublie certainement… Indéniablement, quelque chose se passe lorsque ces belges sont sur scène. Je les connaissais pourtant, ces morceaux tirés de leurs trois principaux opus, Mass III, IIII, et V : « The Pain It Is Shapeless », « Boden », Am Kreuz », « Razoreater » (il manquait « A Mon Âme, quand même). Mais ils prennent une toute autre dimension lorsqu’ils sont joués live. Parfois ralenti, parfois accéléré, le tempo évolue au gré des plans et souligne l’atmosphère développée. Visuellement, les musiciens suivent ce rythme, et bougent comme un seul homme, accompagnant corporellement leurs boucles de riffs lancinantes. Et quitte à parler langage du corps, ce sera difficile de ne pas dire un mot de la performance du chanteur, dont on ne verra pourtant quasiment pas le visage. Face à la batterie pendant toute la durée du set, le vocaliste semble plonger au cœur des torrents de son se déversant des amplis, auxquels il vient ajouter sa voix implorante, torturée en semblant aller au bout de lui-même. Amenra fait partie d’un ensemble de groupes développant une approche similaire de l’extrémité dans la musique, davantage basée sur la lourdeur, la répétition, plutôt que la brutalité bourrine, et partageant un rapport commun à la spiritualité. On citera parmi eux Cult Of Luna, Neurosis, et je trouve que Regarde Les Hommes Tomber peut aussi y être rattaché. Mais une musique si chargée ne pourra jamais être aussi mieux comprise et vécue que lorsqu’elle est jouée sur scène. Je l’ai compris ce soir-là, devant cette montée en puissance hypnotique de près d’une heure s’achevant sur le final hallucinant de « Silver Needle, Golden Nail ». Une conclusion nette, abrupte où son, images et lumières s’arrêtent simultanément pour laisser place au calme le plus total. La messe était donc dite et il faut dire qu’un choc aussi violent était forcément nécessaire pour se sortir de l’emprise mentale exercée par ce spectacle, qui avait quand même une autre gueule que ceux qui se déroulent chaque dimanche matin dans la cathédrale du coin…

Amenra (Crédits et source image : Confort Moderne)

 

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One response to “[Récit de concert] 14/04/2014 : Amenra + Treha Sektori + Oathbreaker + Hessian @ Confort Moderne

  • Live report : retour sur la tournée CHURCH OF RA 2014 !! | BLOG! KONGFUZI

    […] « (…) une musique si chargée ne pourra jamais être aussi mieux comprise et vécue que lorsqu’elle est jouée sur scène. Je l’ai compris ce soir-là, devant cette montée en puissance hypnotique de près d’une heure s’achevant sur le final hallucinant de « Silver Needle, Golden Nail ». Une conclusion nette, abrupte où son, images et lumières s’arrêtent simultanément pour laisser place au calme le plus total. La messe était donc dite et il faut dire qu’un choc aussi violent était forcément nécessaire pour se sortir de l’emprise mentale exercée par ce spectacle (…) » – DU BARBELE DANS LES TYMPANS […]

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