[Chronique de disque] Black Lips – Underneath The Rainbow (ft. Abdoul Karachi)

lipsSorti le 18 mars 2014 chez Vice Records.

J’ai préféré attendre avant de chroniquer cet album. Si leur précédent effort, Arabia Mountain, fait maintenant partie de mes disques préférés, je me souviens aussi que j’avais mis du temps à savoir l’apprécier. Quant à leurs précédents opus, outre le tube ultime digne d’un stade de foot au meilleur clip DIY jamais réalisé « Bad Kids« , je dois dire que rien ne m’avait marqué plus que ça. Et comme je n’avais pas pu voir les américains sur scène lors de la tournée succédant à leur précédent opus – ils avaient annulé leur date à Bordeaux – j’espérais bien fort qu’Underneath The Rainbow soit au moins à la hauteur, histoire d’assurer des prestations futures de haute volée. Déjà réputées comme bien barrées, les performances scéniques du quatuor devraient désormais en plus s’accompagner de diffusions de parfums, histoire d’appuyer le côté psychédélique – « flower punk » selon eux – de leur musique. Côté emballage, le groupe semble donc mettre le paquet. Voyons maintenant ce qu’il en est côté musical.

Le groupe en avait parlé dans quelques interviews annonçant la sortie de cet album, Underneath The Rainbow devait donner une place importante aux sonorités sudistes, chères au groupe. La première piste, « Drive-By Buddy » confirme d’emblée cette tendance avec ses couplets très bluesy, tout en laissant la place à des refrains caractéristiques de la pop miaulante façon Beach Boys des Black Lips. Pas de doute, la marque de fabrique des américains est bien présente sur cet album. Et ça se confirme lorsqu’on poursuit l’écoute : la majeure partie de la face A reste assez typiquement flower punk et s’inscrit dans la continuité d’Arabia Mountain. Le garage-pop rafraîchissant « Dorner Party » sera ainsi du plus bel effet à fond sur votre autoradio si vous avez la chance de partir à la plage cet été. Toujours sur des tempos assez rapides, les titres « Smiling » et « Make Your Mine » injectent cependant un peu de mélancolie vocale dans la chaleur des mélodies, quand « Funny » ne l’est franchement pas, avec son atmosphère pesante débouchant sur un refrain sous forme de longue plainte. Le précédent opus des Black Lips m’a personnellement toujours évoqué le soleil. Il tourne pas mal sur la platine quand les beaux jours reviennent. Je ne sais pas si les américains établissent ce même lien entre la météo et leur musique, mais le titre de ce nouveau disque me permettra en tout cas de filer cette métaphore assez mauvaise. Car Underneath The Raibow, comme je viens de l’expliquer, présente toujours ce côté chaleureux qui convient bien aux après-midi lumineux tout en étant un peu plus sombre, nuageux. Voilà, soleil, nuages : vous la voyez venir la grosse ficelle avec l’arc-en-ciel du titre?

Le coeur de l’album s’enfonce de fait un peu plus dans la noirceur. En douceur d’abord, avec le country-bluesy « Justice After All », mais surtout avec le très sombre et très pesant « Boys In The Wood ». Ces deux morceaux sont emblématiques de l’hommage rendu par le groupe au vieux rock sudiste. Cette influence est au final souvent perceptible dans leurs morceaux – ne serait-ce que dans les couplets assez country de « Bad Kids ». Avec « Boys In The Wood », les géorgiens ne se contentent plus de rester en surface. Ils nous livrent un blues poussiéreux, qui nous transporte dans les tripots enfumés du bayou américain. Ou du bush australien. La chanson et sa structure ne sont en effet pas sans rappeler « Ride On » d’AC/DC : assez calme en apparence pour finalement monter progressivement en puissance au détours de refrains fiévreux et conclure dans l’intensité d’un blues-rock franchement old school. Après cette petite escale en Lousiane, l’album poursuit – peut-être de façon moins inspirée – sur un schéma similaire au début du disque. Tandis que les acides nécessaires à l’élaboration de ce disque font ressentir leurs effets, on retrouve de façon plus flagrante ce côté sombre (« Do The Vibrate », sorte de twist désarticulé, le sudiste « Dandelion Dust ») et/ou mélancolique (le très aérien « Waiting ») dont réchapperont cependant les sifflotements et les arpèges psyché-folk de « I Don’t Wanna Go Home ».

Bien que moins chaleureux qu’Arabia Mountain, ce nouvel album des Black Lips reprend sur le fond les ingrédients qui fonctionnent : du garage, de la pop, du blues et une enveloppe très psyché. Mais le dosage est sensiblement différent et modifie les ambiances distillées, qui se font plus pesantes et souvent moins guillerettes que par le passé. Cela découle aussi du côté brut de la musique qui est jouée ici. Si l’alternance entre les chanteurs du groupe est maintenue et contribue à multiplier les atmosphères, la richesse instrumentale du précédent opus est moins exploitée sur Underneath The Rainbow, qui se veut plus dépouillé. L’apport des cuivres sur le final de « Boys In The Wood » est pourtant indéniable, et le groupe aurait gagné à réutiliser par petites touches les xylophone, thérémine ou piano qui ont fait la force d’Arabia Mountain. Ceci dit, ce nouvel album des Black Lips reste tout de même largement appréciable et, qu’elles évoquent une rayonnante montée de LSD ou une descente d’acide bien raide, les chansons du groupe, par leur côté constamment barré, semblent promettre des lives toujours aussi fiévreux. Sur ce, on se quitte avec l’avis éclairé du camarade Abdoul Karachi (comme quoi on peut être trotskiste et ne pas écouter que Bernard Lavilliers) :

« Longtemps je me suis roulé dans mon vomi en écoutant Bad Kids. Depuis, je me suis rangé des bagnoles : eh bah Black Lips on sait pas trop. Leur dernier album présente une face A au carré, qui envoie du lourd sans en faire trop. Une batterie qui retient sa rage, des guitares saturées comme il faut, une voix juste assez fausse pour faire du bien. Eh puis vient une balade bluesy au beau milieu de Underneath the Rainbow qui casse la violence, certes contenue, de la première partie. Une voix plus planante, des percussions plus sobres, des références au bon vieux rock, du Sud américain éloignent Black Lips du flower punk et des Brian Jonestown Massacre dans ce qu’ils ont de plus vénère, parfois. On se demande si on a pas basculé du côté d’un dimanche ensoleillé sous héroïne ou d’une montée de MD un peu lente. Si le premier morceau est plus flower que punk, les suivants se rattrapent bien. Ils offrent de bons moments de rage à peine contenue. On retiendra Smiling et Dorner Party pour les soirées où on casse des petits trucs : une voix bien fausse est servie par une rythmique punk old school. »

Underneath The Rainbow, c’est si tu n’as rien contre Johnny Cash sous LSD, les Beach Boys qui chantent faux et le Velvet Underground sous speed.

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