[Récit de concert] 01/02/2014 : Manuel J Grotesque + Badaboum + Les Morts Vont Bien + Jessica 93 @ FOFF d’Angoulême

Dernière soirée au FOFF d’Angoulême! Le séjour commence à être rude, les nuits sont courtes, les journées sont longues, et j’arrive au Moon un peu patraque. J’ai eu un peu peur de ne pas pouvoir rentrer dans ce concert, tant l’affiche ne se prêtait pas vraiment à un regain d’énergie. Disons que vu mon état, un bon concert électrique bien speed m’aurait foutu la baffe dont j’avais besoin pour me réveiller. Au lieu de ça, on peut dire que le line-up de la soirée (placée sous le signe de la Grande Triple Alliance Internationale de l’Est et de Et Mon Cul C’est Du Tofu?) ne transpirait pas vraiment la joie de vivre, et nous préparait plutôt à une froideur glauque, notamment du côté des têtes d’affiche. Mais qu’importe, l’ensemble de la rédaction du Barbelé a finalement fait preuve d’un professionnalisme (presque) exemplaire et a su se remettre dans le sens de la marche pour suivre au mieux les concerts du jour (que vous pouvez réécouter par ici !).

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(Source image : site du FOFF)

  • Manuel J Grotesque : Première bonne surprise, un nouveau nom s’est greffé à l’affiche, ce qui change des annulations auxquelles on avait été habitués. Et pour ne rien gâcher, c’est très bon! Manuel chante sur des instrus lancées de son ordi. Bon, on ne s’étendra pas vraiment sur une appréciation strictement musicale de la prestation : ce qui est vraiment intéressant ici, c’est l’univers un peu vrillé du bonhomme. Celui-ci rappelle un peu feu Jean-Luc Le Ténia (RIP l’Âme du Mans) en plus déglingue, parfois plus trash, mais avec une originalité dans le minimalisme assez similaire. Les textes assez surréalistes de Manuel semblent tout droit sortis de ses rêves (à l’image de l’histoire de son récit sans musique à base de Chevalier Gris). Il les chantonne, bringuebalant à l’avant-scène, enrichissant à l’occasion ses instrus par quelques incursions improvisées et désordonnées à la batterie, une baguette dans une main, le micro dans l’autre. C’est bordélique, bancal comme les lunettes qu’il a sur le nez, mais ça sort tellement de nulle part et c’est tellement bien assumé qu’on se prend vraiment facilement au jeu de Manuel J Grotesque.

  • Badaboum : Ce trio compte entre autres des membres de Headwar (qui a enfanté Les Morts Vont Bien) et The Dreams (qui a donné lieu à Noir Boy George). Voilà pour le pedigree du groupe, qui renseigne sur leur univers et leurs influences. Cependant, dès les premières minutes du concert de Badaboum, j’avoue que j’ai eu assez peur. Le groupe fait partie de ces formations qui jouent à l’instinct, et sans réellement suivre de préceptes académiques (notamment à la batterie). Et si dans certains cas cette sensibilité affranchie du formalisme studieux (que caractérise le « pontitati » des batteurs par exemple) permet d’explorer de nouveaux horizons, l’exercice se révèle tout de même assez souvent désagréable à l’oreille. Heureusement, Badaboum n’appartient pas à la dernière catégorie. D’une part parce que finalement, les trois membres du groupe se refilent la basse, le synthé ou la batterie à chaque changement de morceau – offrant ainsi une nouvelle configuration et des façons différentes d’exploiter les instruments – mais surtout parce que leur travail des ambiances propres à chaque chanson ne souffre pas de leurs petites insuffisances techniques. Les combinaisons de nappes de synthé et des voix angoissantes, lancinantes sont parfaitement appuyées par la lourdeur ou l’urgence (ça dépend des morceaux) du combo basse-batterie. Si la nature de la formation (un trio féminin) et l’originalité des compos rappelle instinctivement The Slits, on ne saurait se réduire à cette comparaison. Musicalement, on se trouve plus proche d’un Lucrate Milk ralenti, pesant et nourri au vieux film d’horreur. La main glacée de Badaboum vient de foutre une bien belle baffe au FOFF.

    Manuel J Grotesque (Crédits et source image : Sandra Vérine)

  • Delacave : Outre les concerts et les expos, ce qui est bien au FOFF c’est qu’on peut y côtoyer des gens de toute la France, parce que c’est un lieu pour rencontrer, pour discuter, pour échanger, pour partager (un peu comme un lieu associatif pour les jeunes). Du coup pendant Delacave j’ai fait ça, en écoutant de loin.

  • Les Morts Vont Bien : Après avoir taillé le bout de gras, place au groupe d’Amiens de chez Label Brique/Et Mon Cul C’est Du Tofu?. Les ayant raté au Free Market de Poitiers (avec Trotski Nautique d’ailleurs), je m’y prends à l’avance pour être devant. Le public commence à être massif, et les hipsters venus se perdre au Moon n’ont visiblement pas eu la dose de « baaaasses » qu’ils sont venus chercher et réclament en beuglant. Chauffés à blanc par la diffusion de Booba (oui Booba…) avant le début du set, les premiers morceaux des Morts Vont Bien ne semblent pas répondre à leurs attentes. Il faut dire que le groupe introduit son set dans la lourdeur, la tension, où le martèlement de la caisse claire et du tom basse, d’abord désordonné puis plus cadencé, vient rompre le bruitisme inquiétant du synthé. Mais alors que le concert semble s’engager dans cette voie, peu propice au mouvement de foule, survient « Fad« . Et là, c’est le drame. Passée l’intro horrorifique, ralentie pour l’occasion, arrive l’accélération du tempo qui fait chavirer le public. Et les instruments aussi par la même occasion. Évidemment après ça, les problèmes techniques se multiplient (de mémoire la boite à rythme lâche, y’a plus de retours), et le duo doit s’y reprendre à plusieurs fois pour jouer « Das Leben Is So Schwartz« . Devant cet amoncellement de bugs, le duo échappé de Headwar revient à quelque chose de moins synthétique : synthé+percu-gratte (la guitare est intégrée aux éléments de batterie et jouée à la baguette sur certains morceaux) et finit le set dans une ambiance similaire à celle du début. De manière générale, Les Morts Vont Bien délivre une musique martiale, qui fait faire des rapprochements douteux avec le fait qu’il/elle chantent parfois en allemand. On décèle également dans le son du synthé et la stridence de la guitare l’ambiance sombre des vieux films d’horreur (un peu comme dans Badaboum) mêlée à la rigueur rythmique de la new wave germanique, qui fut certainement la clé du simili-pogo.

    Badaboum (Crédits et source image : Sandra Vérine)

  • Jessica 93 : Des contrées allemandes, le changement de plateau nous ramène vers la banlieue parisienne. Sous ce nom de scène – désormais plus vraiment – énigmatique se cache un one-man-band composé de Geoff (Missfist, ex?, actuel? Louise Mitchels) ayant pondu le meilleur album de 2013 selon Noise Mag (c’est pas d’la merde quand même). Je ne suis habituellement pas vraiment amateur de ce type de formation solo, où la « performance » que représente le fait de jouer seul sur scène excuse souvent la médiocrité musicale. Mais il y a des exceptions, notamment quand le one-man-band est l’occasion de proposer une démarche foncièrement originale, comme dans la Parade. Jessica 93 fait également partie de ces exceptions, mais surtout parce que musicalement la recette fonctionne parfaitement. Chaque élément composant ce mille-feuille sonore vient construire cet ovni qui donne envie de danser sous Xanax : une boîte à rythmes qui balance des beats dignes d’un disco morbide, désarticulé, des lignes de guitare criardes qui transpirent le glauque, alors que la basse se fait plus aérienne et que le chant trainant semble venir d’outre-tombe pour faire résonner des textes mornes et désabusés. Sur scène, les morceaux se mettent en place petit à petit, le temps de mettre les boucles en place en jonglant entre basse et guitare, ce qui demande une certaine dextérité pédestre au niveau du maniement des pédales d’effet. Une fois que les différentes couches instrumentales sont en place, les parties de voix sous une tonne de réverb viennent renforcer l’aspect déliquescent de l’ensemble. Les morceaux, souvent longs, sont entêtants, hypnotiques, boucles lancinantes obligent. Partant de là, difficile d’avoir un jeu de scène communicatif et chaleureux sans briser cette ambiance dépressive. L’attitude mutique et désinvolte de Jessica 93 correspond donc bien à la musique jouée, qui nous est froidement balancée dans la gueule sans autre forme d’explication. Et même si le clin d’oeil à David Snug en fin de set a constitué une petite éclaircie dans cet océan de noirceur, on est quand même ressorti de ce concert en ayant pris une bonne dose de désespoir. Et ça fait paradoxalement du bien.

–  Le résumé de la soirée du 30 janvier avec La France Entière, Inky Poo et THX 1137, c’est par ici !
–  Le résumé de la soirée du 31 janvier avec Trotski Nautique, VvvV, Keruda Panter et Harshlove, c’est par ici !

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