[Chronique de disque] Verbal Razors – Verbal Razors

Verbal Razors cover artSorti le 11 janvier 2014 chez Dirty Guys Rock, Derrick Hunter, Flipped Up, Subwix et Dingleberry.

Dans la série « Nos régions ont du talent », les thrashers tourangeaux de Verbal Razors viennent de sortir leur premier album, qui n’a pas de titre et qui succède à leur précédent EP Settling Of Scores. Déjà repéré sur pas mal d’affiches à échelle locale (mais néanmoins pas dégueu, comme une ouverture pour Trash Talk), le groupe semble avoir marqué quelques esprits et passé la vitesse supérieure puisqu’il vient de bénéficier d’un très bon espace pub sur noisey (l’organe musical de Vice). Depuis la mise en ligne de l’album, impossible de me l’enlever des oreilles, alors que le thrash, c’est franchement pas mon truc. Mais peut-on réellement enfermer Verbal Razors dans cette case ?

Subtile nuance (enfin pour moi, simple profane), Verbal Razors est en fait un groupe de CROSSOVER thrash. Déjà, ça explique pourquoi je trouve ce qu’ils font bien agréable en comparaison au big four, qui me laisse plutôt insensible et que j’ai toujours associé au folklore kitsch et parfois beauf des porteurs de blousons à patches. Et bien que j’aie pu lire ça et là que le son des tourangeaux se rapprochait de Megadeth, ou d’Anthrax, leur dernière livraison me parait difficile à ranger dans la même case. De fait, le crossover thrash semble être un subtil mélange de thrash metal et de hardcore (genre que j’affectionne particulièrement). Et effectivement, le son et certains riffs de guitare de Verbal Razors fleurent bon la flying V. Côté metal, ils m’évoquent le premier Body Count. Mais on ne peut pas ignorer le fort penchant plus punk que metal qui caractérise également leur musique. En cela, ils se rapprochent effectivement des pontes du crossover thrash comme Exodus – d’où ils tirent leur nom – ou DRI, mais s’en démarquent, à mon sens, par une sensibilité hardcore très prononcée.

Cela doit je pense beaucoup au chanteur, qui m’a vraiment foutu la plus grosse des baffes distribuées par cet album. Relativement éloignée des stéréotypes du metal, la voix du frontman représente typiquement tout ce qui me plait dans une voix hardcore punk, avec tout ce qu’elle compte de rage et de hargne. Et quitte à mentionner les aspects vocaux de cet album, difficile de passer sous silence les parties de sing along tellement old school de Verbal Razors, qui évoquent une nouvelle fois bien plus l’urgence brute du hardcore que le virilisme braillard de certains choeurs de metal. Tantôt là pour ponctuer les morceaux (« Blood In Your Hands », « ACAB »), tantôt pour des moments plus longs (« The Graveyard », « Killing Snow »), ces parties de sing along construisent perpétuellement un jeu de question/réponse avec le chanteur, qui font passer l’écoute de l’album sur ressorts, avec l’envie constante de reprendre les lyrics en choeur de façon jouissive.

Evidemment, ces parties vocales sont servies par des compos plutôt riches, qui offrent un aperçu des possibilités techniques des musiciens, sans pour autant tomber dans la démonstration vantarde (« Tears Of Rage » et son pont épique à la ride bell montre que le batteur est capable d’allier vitesse et finesse, alors que « Settling Of Score » est une bonne démonstration de la souplesse des poignets des gratteux). Les Verbal Razors ne se la jouent pas virtuoso à étouffer l’auditeur sous des tonnes de riffs alambiqués. A cela, les tourangeaux préfèrent nous faire faire les montagnes russes, avec cette recette simple mais efficace : parties speed + breakdowns ravageurs = tête à l’envers à la fin de chaque morceau. Mais le groupe ne saurait se limiter à ce schéma typique du crossover thrash, et explore d’autres univers. On mentionnera à ce titre « Teenage Threat To The Throat » et son riff d’intro hardcore qui m’évoque le Greg Ginn de la grande époque, mais surtout « Krakatoa », morceau de bravoure qui passe du sludge au speed/thrash sans oublier le petit pont heavy qui va bien : une tuerie avec un des meilleurs riffs de l’album.

Les thrashers tourangeaux ouvrent donc l’année de la plus belle façon, avec un album d’une puissance, d’une créativité énorme et plutôt constante (on retiendra une face B un tout petit peu moins percutante, malgré la présence des deux excellents morceaux qui viennent d’être cités). Ce disque fleure bon les eighties et le skate old school, il donne envie d’enfiler un t-shirt Thrasher, son plus beau bandana et de sauter sur sa planche à roulettes pour aller rider toute la journée. D’une efficacité implacable, les tempos alternant speed et breakdown ainsi que l’aspect fédérateur des passages en sing along devraient toutefois prendre une ampleur encore plus énorme en concert. Alors les bookers poitevins, quand est-ce qu’on s’offre une grosse grosse bamboule?

–> Synthèse de la chronique sur C’était comment ce concert?

Verbal Razors c’est si tu n’as rien contre Exodus, Suicidal Tendencies et le skateboard old school.

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