[Récit de concert] 3/01/2014 : H ø R D + TRISTSS + Harshlove @ Plan B

Premier concert après la grosse cuite les festivités euphoriques du nouvel an. Rien de tel que trois sets d’électro à tendance dépressive pour se remettre dans le droit chemin et reprendre conscience de la tristesse de notre monde. On remercie donc l’Amicale du synthétiseur pour la soirée et le Plan B qui a décidément choisi de préparer le terrain pour le off d’Angoulême. Puisqu’après Schlaasss, c’est au tour de Harshlove de venir se chauffer à Poitiers avant de jouer en marge du festival de la BD.

Source image : Événement Facebook

  • H ø R D : Apéro qui s’éternise, j’ai échoué à secouer mes acolytes du soir. J’ai donc raté le set le plus cold de la soirée, et a priori le baptême du feu du DJ bordelais. Dommage puisqu’à première écoute, l’électro glacial de H ø R D semble vraiment planant et glauque à souhait (une affiche H ø R D + Jessica93 ne serait à mon sens pas incohérente), parfait pour commencer la soirée.

H ø R D (Crédits photo : No rape last night)

  • TRISTSS : J’espère que H ø R D aura au moins connu moins de galères que TRISTSS, à qui la sono de la soirée semble avoir joué quelques vilains tours. Samples sous-mixés, manque de réverb’ sur la voix, on peut dire que la différence entre les enregistrements du nantais et le résultat sur scène était assez flagrant. Ne mettons toutefois pas tout sur le dos de la technique, qui a certes pu être dommageable, mais qui n’excuse pas l’attitude scénique de la personne derrière l’ordinateur. Car au final, à quoi ça ressemble un concert de TRISTSS? (1) A des samples sympas (2) lancés d’un mac, sur lesquels un barbu à méchouille aux bras couverts de tatouages plutôt… personnels vient poser (3) sa voix fluette et monotone sur des lignes de voix pas calées pour décliner des (4) paroles à la fois crues et vaguement poétiques (5) lues en temps réel sur des bouts de papier. Voilà pour la synthèse, si vous en avez marre vous pouvez passer à la suite. Sinon, détaillons un peu plus.

  1. Certes les samples de TRISTSS sont plutôt accrocheurs. Ils délivrent une synth-pop plutôt guillerette, avec un côté kitsch vraisemblablement assumé qui invite volontiers au trémoussage et contrastent d’autant plus avec la mélancolie qui caractérise les morceaux du nantais.

  2. Cependant, c’est dommage de les lancer de l’ordi pour chanter dessus. On arrive finalement au même constat que pour Schlaasss (c’est l’ingé son qui lançait les pistes sur lesquelles le duo chantait), et on regrette le fait qu’il n’y ait pas vraiment de processus créatif en live, que les instrus ne diffèrent pas réellement des enregistrements.

  3. A l’inverse, on regrettera l’aspect live de la voix de TRISTSS. Si la réverb’ était bien présente au Plan B, il manquait clairement la disto qui habille normalement la voix du chanteur. Première chose gênante qui met en avant sa voix pas forcément agréable et surtout pas juste. Cependant, un manque de travail plutôt évident a accentué la mauvaise qualité du chant, puisque les lignes de voix chaque fois similaires entendues ce 3 janvier différaient de celles, plus travaillées et différenciables, des enregistrements de TRISTSS. Le chanteur semblait un peu à la masse et se contentait de reproduire les mêmes mélodies vocales sur chaque titre. Si la monotonie reflétait certainement un manque de la calage, sa voix entêtante a finalement rajouté au côté dépressif de l’ensemble, pour créer un effet hypnotique plus ou moins volontaire.

  4. Ce côté dépressif et mélancolique, ce sont surtout les paroles qui l’insufflent à l’ensemble. Les textes de TRISTSS m’évoquent quelque chose d’assez juvénile, sans que ce soit péjoratif, sans que ce soit flatteur. Le genre de truc qu’un lycéen vaguement dépressif parce qu’il pécho pas assez peut écrire lorsqu’il se sent d’humeur poète torturé. Il est ainsi souvent question de désir amoureux dans les différents morceaux du nantais, que ce soit sur un registre adolescent un peu niais (« Ne Pas Dormir Seul« ), cru provoc’ (« Daddy Cool« ), ou vaguement poétique (« Je Veux Voir Tes Fesses« ). Un peu clichés, un peu faciles, ces textes additionnés aux instrus dansantes raviront les djeun’s connaissant ou ayant connu la frustration sentimentale liée à la puberté.

  5. Bon après, le mec aurait au moins pu faire l’effort de les apprendre, ces paroles. D’une part parce qu’il aurait certainement été moins à l’arrache sur les lignes de voix comme mentionné précédemment. Et d’autre part parce que la présence scénique du chanteur en mode plié en deux sur ses feuilles de texte, on a connu mieux.

Cette nonchalance fait certainement partie du personnage et contribue peut-être à donner un côté vaguement transgressif au concert de TRISTSS. Mais tout le monde ne peut pas se permettre d’être aussi désinvolte que classieux (#Sleaford Mods), et finalement le je-m’en-foutisme du nantais nuit à son spectacle. On repart davantage avec l’idée que TRISTSS passe difficilement l’épreuve du live qu’avec celle d’avoir vu quelque chose d’abouti et conforme à ce qu’on pouvait attendre en ayant consulté son bandcamp. Et c’est dommage puisque malgré tous ces petits aspects négatifs, la qualité des samples et la mélancolie de l’ensemble ne me feront pas dire que j’ai pas pas passé un bon concert. Ç’aurait juste pu être mieux. (Ha oui y’a aussi une fille qui est montée sur scène pour deux morceaux – dont une adaptation de « Filles De l’Internet (Je t’Aime Déjà) » qui est devenue « Mec De l’Internet » – mais ça a pas apporté grand chose au concert, donc j’en ai pas parlé).

TRISTSS (Crédits photo : No rape last night)

  • Harshlove : Déjà repéré en raison de son passage en première partie d’Atari Teenage Riot à l’IBoat de Bordeaux (avant que la soirée ne soit finalement annulée me semble-t-il), annoncé pour le off d’Angoulême, le DJ girondin constituait pour moi le clou de la soirée. Enfin pour tout le monde en fait. Les gens que TRISTSS a fait fuir, les quelques hipsters de merde qui se sont réveillés pour squatter le premier rang et faire chier ceux qui étaient derrière, l’orga etc.  Il faut dire que malgré une apparente nonchalance pour lui aussi, Harshlove a su y faire pour réveiller le bar un peu endormi, et en douceur. Si son set a commencé plutôt doucement, sur des tempo relativement lents et des samples pas trop agressifs, le rythme s’est peu à peu emballé, au gré des boucles entêtant progressivement le public présent. De titre en titre, malgré des enchaînements pas forcément très fluides, Harshlove a finalement haussé le ton pour adopter des tempo plus rapides, et donc plus dansants, des boucles plus dissonantes, presque crispantes, invitant plus facilement à bouger la tête et le reste contre les enceintes. D’un début de concert plutôt posé, plutôt froid, le set s’est terminé de façon beaucoup plus noisy et envoûtante (façon Kap Bambino, la joie en moins), la répétition des samples commençant à buriner les crânes engourdis par l’alcool et invitant à aller se désarticuler devant la scène dans une transe vaguement morbide. Montée en puissance néanmoins stoppée net d’un claquement de laptop au bout de 30mn de set montre en main, pour offrir en point d’orgue de ce live une redescente instantanée sur fond de grosse frustration. Un concert qui pose donc moins de questions que celui de TRISTSS. Harshlove, tu te mets devant, tu écoutes, tu montes et tu bouges. Ça marche et c’est tout.

Harshlove (Crédits photo : No rape last night)

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