[Chronique de disque] Black Flag – What The…

Source image : SST Superstore

sorti le 13 décembre 2013 sur SST.

Les come-backs des vétérans du rock sont souvent très casse-gueule. Entre le public qui accueille généralement ces retours de façon négative (« c’est pour le fric ») et la difficulté de retrouver le niveau de création d’antan, les reformations sont fréquemment confrontées à des échecs commerciaux et artistiques. Si dans le genre « retour de Black Machin », les anglais de Black Sabbath ont néanmoins montré le contraire cette année en enregistrant avec un line-up aux 3/4 originel un album plus qu’honorable, on ne peut pas dire que les conditions dont Black Flag effectue son retour annoncent une situation aussi favorable.

Essayons de résumer. Greg Ginn (le guitariste fondateur) reforme il y a peu Black Flag (avec le nom et le logo original) en intégrant deux inconnus à la basse et la batterie et Ron Reyes au chant (alias « Chavo Pederast sur le seul EP qu’il ait enregistré avec le groupe, Jealous Again). Avant cela, une autre formation, FLAG, qui comprend plusieurs musiciens ayant participé à Black Flag (Keith Morris, premier chanteur, Chuck Dukowski, bassiste, Dez Cadena, guitariste et chanteur, Bill Stevenson, batteur + Stephen Egerton de Minutemen) se produit en concert et reprend des standards du groupe dans des performances live de haute volée. Cela déplait à Ginn, qui attaque le groupe en justice au nom de la propriété intellectuelle, et se ramasse (bien fait pour sa gueule). Première déception, à laquelle succède le départ de Ron Reyes, qui se barre avant même la sortie de l’album et décrit des conditions de vie au sein de Black Flag plutôt dégueulasses. Voilà pour le contexte. Alors que mes illusions sur les principes éthiques du groupe avaient donc préalablement été foulées au pied, voyons ce qu’il est en est côté musical avec What The

Bon, évacuons tout de suite la pochette d’une laideur sans nom (réalisée par Ron Reyes). Elle montre déjà une certaine dégringolade dans la qualité artistique (qu’on espère de pas retrouver à l’écoute) quand on se remémore la beauté des artworks de Raymond Pettibon. C’est lui qui avait l’habitude de réaliser les pochettes ainsi que les affiches de Black Flag. Il préfère désormais dessiner les pochettes de OFF! (le projet actuel de Keith Morris) et les affiches de FLAG, les rivaux de Greg Ginn, son frère. Retournons alors la pochette et jetons un œil à la tracklist : le groupe semble être revenu à des thèmes présents au début du groupe (au moment où Ron Reyes tenait le micro en fait) et semble en faire un peu trop dans l’aspect frontal, agressif. En témoignent des titres un peu caricaturaux genre « Shut Up », « Go Away », « Get Out Of My Way »…

Et de fait, l’album part très fort avec « My Heart’s Pumping ». Le groupe a vraisemblablement voulu mettre le paquet d’entrée avec un tempo plutôt rapide, un chant bien gueulé, et quelques surprises : l’utilisation d’un thérémine (qu’on retrouve disséminé ça et là dans l’album et qui n’apporte absolument rien) et surtout quelques riffs de Greg Ginn qui ne sont pas sans rappeler East Bay Ray des Dead Kennedys (même constat sur « It’s So Absurd »). Un premier morceau bien rentre-dedans, donc, qui laisse présager un album brut, plutôt punk de base, et éloigné des expérimentations qui ont fait la marque de fabrique de Black Flag.

Et en fait, non. Alors, on aurait pu se dire « tant mieux » : les fois où les californiens ont réinventé le hardcore, ça a toujours été un régal (la face sludge de My War en est la plus belle preuve). Cette fois-ci, ce sera plutôt « tant pis ». Pas d’innovation sur cet album, puisque la violence retombe dès le second morceau pour laisser place à une sorte de funkcore plutôt basique (qui m’évoque bizarrement les premiers Red Hot ( oui je n’ai pas honte, je cite les Red Hot)) où les rythmiques groovy de la batterie soutiennent les riffs funky de Ginn. Les titres « Now Is The Time » ou « To Hell And Back » témoignent de ces ambiances funk distordues, ainsi que du manque cruel d’originalité des compositions de Greg Ginn, puisque plusieurs de ces morceaux se ressemblent vraiment.

L’ensemble de What The… louvoie donc entre ces morceaux fusion et d’autres plus typés hardcore rapide (« The Chase », « Wallow In Despair ») ou bien mélange les deux (« Outside », « The Bitter End »). Ils ont en revanche tous en commun le fait de tourner en rond, selon des schémas couplet/refrain qui font tourner quelques riffs en boucle. Pas de pont, très peu de solos, il ne reste pas grand chose de la folie qui caractérisait jadis le jeu de Greg Ginn, même si le son typique de sa guitare reste bien reconnaissable. De manière générale, les structures des morceaux sont plutôt basiques et se ressemblent également (beaucoup d’intros avec la basse qui commence seule). On notera cependant que « Lies » se démarque un peu du reste, avec un peu de recherche concernant l’intro et le refrain chanté (sans toutefois casser trois pattes à un canard…). « This Is Hell » et « Get Out My Way » se démarquent également, mais de façon vraiment négative, et font se demander – chacune dans leur genre – ce que Black Flag a voulu faire, puisque ça ressemble vraiment à rien. Enfin, « Off My Shoulders » s’est vraisemblablement perdue sur cet album, du coup ce morceau hard-rock a été placé à la toute fin, histoire de définitivement finir l’écoute sur une impression de bâclage.

Et de finir avec la tête comme une pastèque aussi. Parce qu’il faut se les bouffer les vingt-deux titres avec un mixage comme ça. Black Flag a souvent eu pour habitude de livrer des productions très denses, avec un fort sentiment d’oppression. Mais cela était dû à la composition et non au son des albums. Ici, la production génère quelque chose de très compressé, où la basse et surtout la batterie sont bien en dessous de la guitare et la voix. On se dira que c’est tant mieux tant la batterie est mauvaise sur What The… Que ce soit le son des fûts (la descente de toms sur « Blood And Ashes »…) ou bien le jeu d’une banalité affligeante, la batterie reste un des gros échecs de cet album (et Ron Reyes le souligne d’ailleurs dans la note expliquant son départ du groupe). En parlant de Ron Reyes, on soulignera le fait que sa voix a très bien évolué depuis son passage dans Black Flag, et que si elle a naturellement gagné en coffre, sa façon de chanter a également muté vers quelque chose de plus hargneux, teigneux, qu’on peut retrouver chez The Germs ou Reagan Youth. C’est un peu con d’avoir fait partir le seul bon élément du groupe, du coup.

Voilà, donc sachez que je viens de chroniquer l’album d’un de mes groupes préférés dans l’univers. Maintenant je vais aller réécouter Damaged en pleurant et en mangeant plein de chocolat.

Black Flag c’est (désormais) si tu n’as rien contre le funkcore, le hardcore bas du front et les come-backs ratés.

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